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Projet Hiver Noir (2012 | 2017 | 20XX)

  • 7 juin
  • 22 min de lecture

Dernière mise à jour : 18 juil.

Roman de Hard Science-fiction.



Résumé


3521 ap. xx. Emet (“vérité” en hébreu) deviendra demain le 141ème historiographe d’Altura. Héritant ainsi de son père comme ce dernier du sien vingt-cinq années auparavant, il sera charger d’observer, annoter, compiler et enfin au déclin de sa biologie, de rédiger l’Histoire de sa génération. Puis, alors que son livre sera enseigné comme la bible incontestable de son époque, il aura pour dernière tâche de former son propre fils. De transmettre à l’oral ce qui doit être transmis. Avant de s’éteindre comme tous ceux avant lui. 


À Altura, chaque étage est rigoureusement identique au précédent. Pour oublier le passé, pour perdurer les traditions, tout est répété sur une boucle de 25 ans. Les couples procréent et conçoivent à date convenue leurs héritiers, et alors que la nouvelle génération naît, on se met à construire l’étage qui les accueillera. Une chambre pour la fille qui suivra les pas de sa mère, une chambre pour le fils qui reprendra le rôle de son père. Une troisième pour le futur patriarche qu’il deviendra. 

Dans le même ordre d’idée, il est convenu qu’à la mort d’un individu, l’entièreté de ses créations soient enterrées avec ce dernier. Ouvrage de génie, découverte révolutionnaire, propos polémiques, casier judiciaire, gribouillage d’enfant mal colorié… Qu’importe. La posture officielle veut que cela soit pour se souvenir des autres tels qu’ils ont été, et non pour ce qu’ils ont fait. La réalité acide y voit plutôt une manière d’avorter toute volonté de sortir de la ligne. Car après tout, tous sans exception seront oubliés.


Vivre et mourir au sein d’un mécanisme plus grand que soi, Emet l’a toujours su et accepté. Simplement, il aurait aimé comprendre avant de devoir écrire. Connaître les origines des traditions, en saisir les tenants et aboutissants, mais… rien. Tout ce qu’Emet peut lire, ce sont les dires rapportés d’un bouche à l’oreille abscons. Donnant à sa propre gorge muette l’envie d’hurler. 

Heureusement, malheureusement, la vie voudra qu’il ait une réponse à ses questions. Car  alors que la 141ème génération s’apprête à prendre la relève, voilà que le dôme protecteur d’Altura commence à se fissurer. Un dôme que les ingénieurs d’Altura choyaient et entretenaient autant que possible, mais hélas conçu avec une technologie qu’ils ne possèdent plus. Venant culminer le tout, des meurtres mystérieux se mettent à animer la cité.


Dans ce chaos ambiant, Emet va être amené à former une expédition à la destination inconnue mais à l’objectif clair : descendre dans les profondeurs de la tour à la recherche des savoirs nécessaires à la réparation du dôme. Et qui sait ? Peut-être en apprendra-t-il plus sur les origines de cette course à l’amnésie... 



Note d'intention


Projet Hiver Noir était une trilogie dont Altura la Sérénissime était censé être le premier volet il y a quinze ans de cela. Roman de Hard SF très inspiré de George Orwell et de Philip K. Dick, la tentative portait sur une volonté d’allier la dystopie au post-apocalyptique, avec l’idée initiale que “même dans la destruction la plus totale de notre monde, les survivants continueraient de répéter le modèle qui les a menés à leur perte”.

Contrairement à un esprit Mad Max qui veut un retour à la barbarie, Projet Hiver Noir imagine un monde où des survivants ont construit une tour aveugle sur un monceau de cadavres, et pour se départir de leur culpabilité, ont créé une myriade de traditions afin que la vérité sur l’ancien monde disparaisse au fil des générations. Et contrairement à Metropolis de Fritz Lang qui dépeint une mégapole dont les rouages sont nés de la hiérarchisation des classes, Altura voulait montrer les dérives étonnamment similaires d’un égalitarisme trop radical.


Trois mille cinq cent ans permettait d’avoir une tour assez haute pour être impressionnante tout en restant à des dimensions crédibles. C’est aussi ce qui nous sépare de la première dynastie de Babylone, et c'était important pour moi car après tout le concept biblique de Babel faisait directement référence à cette dernière - Babel étant après tout la transcription en araméen de Babylone.

Le but également était de raconter sur la cyclicité de l'Histoire. Nous n'avonçons pas obligatoirement. Nous stagnons, nous oublions et recommençons. Altura n’évolue pas. Elle stagne, et pire, s’éteint peu à peu dans son tombeau pharaonique. À trop vouloir oublier, à noyer les exploits comme les erreurs avec la même magnanimité, ses humains en ont perdu l’usage de la parole, et avec elle, les capacités à subsister. 


En résumé, si la psychohistoire de Schachner et d’Aasimov veut que l’on puisse appliquer les mécanismes de la psychologie humaine à l’échelle d’une société pour prévoir son évolution, alors la logique voudrait qu’une société toute entière puisse être atteinte de pulsion de mort. C’était en tout cas ce sur quoi je voulais écrire en 2012. 

Seulement, les années ont passé, et mon intérêt pour la Hard Science-Fiction n’est plus aussi vif. Mon écriture a également changé, si bien que je souhaite désormais repenser le projet tout entier. À l'origine, la descente aux origines de la tour était marqué par de l'aventure, de l'angoisse et presque des structures shonen-esque (créant un cocktail pour le moins bancal), rendant la réutilisation de l'original impossible. Presque quinze ans, ça ne pardonne pas.


Il est encore trop tôt pour donner de détails concernant la forme que cette refonte prendra, même si l'idée de réaliser un livre interactif où les articles de journal, extraits de livre et autres anecdotes semés à travers le récit pourraient être cliquables et "poppables" pour les curieux sans pour autant alourdir la lecture de ceux qui souhaitent suivre exclusivement l'intrigue fait son bonhomme de chemin.

Il est également très probable qu’il s’appelle alors “L’Épitaphe de l’Hiver Noir”.



Extrait


Projet Hiver Noir - Ch. 1 (2017)


« Ancile, pouvez-vous nous expliquer comment tout cela a commencé ? 

— Probablement. Ce sera long cela dit. Et peut-être décousu. » 

L'homme baissa la tête, regarda ses pieds et le sol qui s'étendait en-dessous, avant de relever le nez vers son interlocuteur. Une vaste sphère noire creusée d'un iris guère plus lumineux.

« Devrons-nous parler de Emet L. ?

— Nous préférerions. Serait-ce douloureux ? 

— Je l'ignore.

— Nous ne pouvons pas vous aider. Nous ne comprenons pas la douleur. »

Il ricana. Amer. Acide. Teinté de tout un tas de couleurs que la lassitude seule ne pouvait expliquer.

« Très bien. Commençons alors cet étrange récit. » 



*

3521, année locale. Sujet : cadet Emet Losh.  

*


« … qui serait détruite. Notre société ne subsiste qu’à travers elles. Les traditions ne gouvernent pas notre vie ; elles sont notre vie ! Cela peut vous sembler stupide ou ridicule,  mais elles incarnent les fondations de notre Histoire. Le seul patrimoine qui nous reste. Si nous  ne les honorions pas, ne les respections pas, que nous resterait-il ? Je vous le demande. »


Discours de Chrysos. Vol. 2, page 204.



Les lettres cliquetaient sur l’écran comme l’eau jaillirait d’un pommeau de douche filmé au  ralenti. Des gouttes d’un bleu faiblard, pastel et inodore. C’était presque illisible. Et exactement  ce qu’il recherchait. Emet ne voulait pas lire. L’ennui le taraudait et pourtant, il ne voulait pas lire. Ennui. Chaud. Esseulement. Autant de mots, autant de diodes qui s’allumaient en lui par  intermittences, signalant son mal-être. Mal-être auquel il ne prêtait cependant aucune  attention.

Il ne devait pas. Engoncé dans sa cabine aux parois entrouvertes sur les autres cabines  de l’amphithéâtre, Emet Losh se devait d’écouter le senior soliloquer au centre de l’estrade.  

À la question pourquoi, nous devons répondre qu’il en était ainsi. Emet Losh du clan  d’Emathes avait été élu par Altura pour perpétuer l’une des tâches les plus sacrées de la cité : celle d’écrire l’Histoire de sa génération. Celle de vivre, d’observer, de noter, et de mourir en  compilant le passage de son époque. On l’appelait l’historiographe. Nous ne comprenons pas  bien en quoi cette tâche est si chère à leurs yeux, mais nous ne sommes pas eux. Emet lui la comprend, et durant toute sa jeune enfance, s’y est préparé. À l’intérieur de son cerveau réside  déjà la mémoire entière d’Altura. Ou pour le moins toute celle qui a été confiée à l’intérieur du  Discours de Chrysos, cette anthologie retraçant chacun des trois millénaires de la cité. C’est  plutôt impressionnant. Emet aura bientôt vingt-et-un ans, et le voilà porteur de nombreux  zettaoctects d’information. 

Évidemment, la science l’a aidé dans cette quête à l’omniscience. Les implants sous son  crâne l’ont aidé, et d’une certaine façon, nous l’avons aidé. Quoique cela n’arrivera que plus  tard. Pour l’heure, Emet n’est qu’un cadet comme les autres. Silencieux et ennuyé. Attendant  impatiemment que retentisse le signal de fin de cours.  


Emil s’enfuit à la seconde où l'alarme retentit, sa silhouette disparaissant dans les nombreux tubes perfusant l’entièreté de la ville. A l’intérieur, des capsules, qui, par impulsions électromagnétiques,  dévoraient la distance en un rien de temps. Il y avait aussi des tapis roulants. Eux n’allaient pas  vite, mais certains diront qu’ils offraient un paysage. Emet appartenait à ces personnes qui vous  le diraient. Accoudé à la rambarde d’un de ces tapis, il rêvassait. Le regard perdu dans  l’enchevêtrement tubulaire et linéaire constitutif d’Altura. Au-dessus de lui, un dôme massif et  scintillant ; en dessous, le dédale des étages.  

Pendant ce temps s’éloignaient dans son dos les contreforts de l’université, reliefs  blanchâtres perdus au cœur de plaines grises qui s’effaçaient peu à peu. Emil laissait sa tête suspendue dans le vide. Ils étaient nombreux à le faire. Puisque les tubes  bouchaient la vue à son étage, la plupart des alturiens se repéraient en observant l’étage  inférieur. Ce dernier étant identique au leur, bien que plus sombre et usé, ils pouvaient s’y fier  le cœur en paix. Que le présent soit la copie conforme sur passé, nous supposons qu’il s’agit là  du garde-fou architectural de la tranquillité d’Altura. N’importe comment, les yeux d’Emil  farfouillaient dans les profondeurs sans rien chercher de particulier.  



« Savez-vous pourquoi il avait l’iris orange ?  

— Non.  

— Pour l’harmonie. Chaque clan est représenté par une couleur spécifique, vous comprenez, et  Emathes portait l’émeraude. Emil portait l’émeraude sur son brassard. Alors sa mère avait voulu que ses  yeux se marient à ce vert.  

— Cette anecdote a-t-elle un intérêt pour la suite de l’histoire ? 

— Probablement pas. 

— … Ne vous excusez pas. » 



« La ville s’étend sur de multiples strates, mais seules les trois dernières sont utilisées. Une  par génération : une pour les anciens, une pour les seniors, et une pour les cadets. Une pour  vos grands-pères, une pour vos pères, et la dernière pour vous. Quant au reste, il appartient  aux ancêtres. N’oubliez donc pas que chaque chose à sa place, et que la vôtre est plus que jamais liée à  votre étage. Vous y êtes né, vous y vivez, et vous y mourrez. N’y voyez pas une peine, mais plutôt  un honneur. L’honneur d’avoir contribué à la grandeur d’Altura. » 


Discours de Chrysos. Vol. 7, page 45.


Bientôt les premiers pics du centre-ville apparurent en ombre chinoise sur l’horizon. Mirage plein de droites et de déliés, ceux-ci n’apparaissaient qu’à cet instant de la journée. Emet recherchait  ce spectacle bien plus que vous ne pourrez l’imaginer. S’il ignorait les tubulaires pourtant bien  plus véloces, c’était pour cette raison : pour ce coucher de soleil qui effaçait les détails et  plongeait Altura dans des ténèbres curieusement satisfaisantes. Bientôt d’infimes étincelles de lumière  allaient tacheter ces formes sombres et leur redonner vie. Mais pas pour le moment.  

Arrivé à mi-chemin, Emet se pencha soudain au bord du vide. Rien à voir avec le simple fait  de passer la tête, non ; ainsi en équilibre sur le rebord, il pouvait tomber à tout instant. Si sa  poigne flanchait, assurément Altura aurait eu à déplorer un autre décès. « Sonder le gouffre »,  tel était le terme utilisé pour désigner cette curieuse coutume. Un acte un peu fou, seulement  possible qu’à quelques endroits précis. Des laps de temps, infimes, où tout à coup,  l’enchevêtrement de tubes laissait place à une trouée. On pouvait alors perdre son regard dans  les abysses. Et ainsi, contempler l’intégralité des cent quarante-et-un étages que possédait à  cette époque Altura. 


« Vos aïeux sont peut-être nés un étage plus bas, mais c’est en partant des fondations que  l’on bâtit une maison… respectez-les, soyez humbles… car un jour votre étage aussi sera  enseveli. Avec vous et votre histoire, sans qu’aucune vanité ne puisse rien y changer. » 


Discours de Chrysos. Vol. 7, page 46.


Quatorze aires d’envols desservaient l’essentiel de la cité. Situées en cromlech autour du  centre-ville, elles permettaient de rejoindre chacun des quatorze quartiers d’Altura en une  dizaine de minutes. Sans se rapprocher de la vitesse indécente des tubulaires, les navettes  filaient plus rapidement que n’importe quel autre moyen de locomotion. Le tapis roulant le  déposa à l’entrée de l’aire n°14. Lui faisait face une structure en Y, à la base étroite et au sommet  évasé. Emet se dirigea vers une borne, contre laquelle il accola son brassard. Un voyant vert  s’alluma. A trois pas, les portes de l’ascenseur s’ouvrirent.  

Plusieurs centaines de personnes au moins devaient se presser autour de lui. Personne ne se  touchait, chacun marchant de manière à s’éviter. Et même lorsque le mal était fait et que deux  épaules venaient à s’effleurer, nul n’échangeait de regards. On levait la main en signe d’excuse  avant de filer. Il fallait respecter l’intimité d’autrui. L’attention d’Emet Losh, elle, se portait sur  les chiffres peints sur les coques des vaisseaux. Il levait le menton, surplombant la foule avec  peine, habitué à ce manège bien malgré lui. Le numéro 7 capta son attention. La nef, effusée et  modeste, vrombissait déjà. Il louvoya parmi la foule et se hâta de monter à bord. Une salutation  au pilote, et déjà le vaisseau surplombait la cité. 


La cité, parlons-en. Altura est une tour cylindrique culminant à huit cent cinquante mètres  de hauteur pour quasiment sept kilomètres de diamètre. Une altitude qui représente environ cent  quarante générations de travail, de sueur et d’humain. Les fondations sont épaisses, et sûres.  Aucune tempête n’a jamais fait trembler la tour. A croire que ses constructeurs savaient dès le  début que leur Babel serait amenée à traverser les siècles sans jamais pouvoir s’effondrer. 


« Voilà 3500 ans qu’existe cette tour, dressée sur son plateau de roche noire, et aujourd’hui elle atteint les cieux. Sa coupole lèche les nuages, et bientôt les dépassera ! Les dépassera oui :  cette tour n’est pas un simple refuge, mais un symbole. Le symbole de l’espèce humaine. La  dernière cité, celle qui renferme les derniers vestiges d’une civilisation broyée, celle qui porte  en elle les espoirs du dernier peuple et accoucha d’un âge d’or sans précédent. Alors chérissez  votre place d’élu, mes enfants, car n’oubliez jamais qu’au-delà d’Altura, sévit le désert infini.  »


Allocution de J.B Terralta. 22 Mai 3520.


L’aéronef léchait presque l’immense coupole de verre qui couvrait la ville. D’ici, l’ensemble  des quinze quartiers apparaissaient nettement. Quatorze plateformes circulaires assujetties à la  dernière, le cœur de la cité. Excepté l’université et la zone industrielle, ce ne sont que des  quartiers résidentiels. Un accordé à chaque clan, dans la plus grande des simplicités. Aux yeux  de ses habitants, c’est là une géométrie qui ne souffre aucune imperfection. Alors que l’oiseau  métallique faisait une embardée sur la droite, Emil en profita pour lorgner par la fenêtre  opposée, tournée vers les cieux. L’en-dehors du dôme, cette immense mer de nuage rougie par  le crépuscule et balayée en permanence par un vent chargé de poussière. Du creux des vagues  transparaissait parfois une seconde mer, tout aussi aride. Le désert.  

Altura sur sa montagne, laissée seule au beau milieu d’un monde déclinant. Nous nous souvenons que Blou Mary ; Raid Jane passait à la radio ce jour-là. Une émission de divertissement qui s’attardait sur les modes du moment. La thématique de cette fois-ci : ces curieux foulards qu’adoraient porter les cadettes alturiennes depuis le début de cette nouvelle année. De toutes formes, tailles, couleurs ou motifs, elles s’en paraient le cou, la coiffe ou  encore le poignet pour signaler leur « joie » ou plus précisément leur célibat. Les cadettes entraient dans leur vingt-et-unième année, et le temps de s’apparier approchait. Alors les plus  coquettes d’entre elles plongeaient dans cette tendance, dans l’espoir d’être repérée par un  potentiel prétendant, lequel devrait alors passer par la famille et le clan de l’intéressée pour  solliciter un rendez-vous. L’émission essayait tant bien que mal de dépeindre cela comme un  fait de société sans précédents, en vain. Les foulards n’avaient de novateur que le nom. Vingt cinq ans plus tôt, c’était les bracelets. Cinquante ans auparavant, les extensions pour cheveux.  Les cycles de la mode allaient et venaient au même rythme que le printemps et les désillusions dans le cœur des jeunes gens. Blou Mary était suivi par une musique mythique du même nom, connue de tous donc, et dont  cependant personne ne connaissait le compositeur. Après réflexion, nous comprenons qu’il  s’agissait d’un secret de polichinelle. Tant que ne sortait aucun nom, la mélodie n’avait pas à  être enterrée.  

La nef, indifférente à l’ombre qu’elle projetait sur les avenues, passait à vive allure au-dessus  des tours du centre-ville. Celles-ci, élevées tout au plus d’une trentaine de mètres, n’ont rien  des gratte-ciels que vous et nous connaissons. Il faut comprendre que dans cette cité faite  d’étages, tout ce qui n’est pas limité par un plafond haut de quatre mètres prétend aux dimensions d’un colosse. Le centre-ville ne comportait aucun étage. Ce qui impressionnait les  enfants. 


Soudain, une brusque secousse manqua de le déloger de son fauteuil. L’instant suivant, ils  virent la proue d’un autre vaisseau jaillir de sous leur ventre. Emil eut à peine le temps de  remarquer le symbole sur la coque que l’engin atteignait déjà la cime. Un engrenage cobalt. 

L’emblème du clan Querzam, les ingénieurs chargés des réparations et de la maintenance. Leur  destination n’échappait à aucun des passagers de la nef : la coupole. Cela faisait déjà quelques  mois que le plexiglas montrait des signes de faiblesse. Vingt-et-un an après sa construction, une  durée de vie qui n’étonnait personne. Plus que quatre années à tenir, pensaient les gens, et on  pourra enfin la remplacer.  


« Vingt-cinq ans. Voilà la durée d’un cycle, voilà ce que dure une enfance. C’est le temps  consacré à apprendre et à mûrir. Le temps qui vous est accordé pour être formés et aptes à  emplir votre rôle dans la société. Le jour de vos vingt-cinq ans marquera par la même occasion la naissance d’une nouvelle génération : union, mariage et procréation. Le prochain étage se  dressera alors. Dans ces sept jours, où toute votre vie changera. » 


Introduction à l'Aube. Page 2. (Réédition 247)


On appelait cette semaine la semaine de l’Aube. Elle commençait avec l’entrée de la  génération cadette dans le monde des seniors et se terminait non par des festivités, mais par de  grands travaux - dont l’érection d’une nouvelle coupole. A cause de cela, ce n’était pas une  période si plaisante car, durant les jours suivants, Damoclès vivait au-dessus de leurs têtes. Le  moindre accident pouvait les condamner tous. Et toutes ces nouvelles rencontres familiales n’y changeaient rien : la crainte de l’extérieur triomphait.  

Par la suite, on amorçait la construction du nouvel étage.


Son brassard vibra, déviant le fil de ses pensées. Un message auquel Emet ne jeta qu’un rapide  coup d’œil, l’archivant du doigt avant de reporter son attention sur le paysage. Déjà la nef  entamait sa descente. Etait-ce le sempiternel message de son père qui lui annonçait qu’il ne mangerait pas avec eux ce soir-là ? Nous ne nous en rappelons pas. Cela n’aurait rien  d’étonnant, de toute façon. Ils entraient dans une période de Congrès, et chaque parti politique commençait à rassembler de l’influence en vue des élections approchantes. Les sénateurs des quatorze clans se réunissaient donc régulièrement, et puisque son père en faisait partie, Emet ne le voyait par conséquent plus guère. Ce qui ne le dérangeait pas plus que ça. La relation du fils avec son père, d’autant que nous remontons dans le passé, n’a toujours été que professionnelle. Celle d’un géniteur à sa progéniture : celle de lui transmettre le patrimoine, et de le former à lui  succéder. Emet n'avait aucun souvenir de conversations intéressantes avec son père, pas plus que de moments intimes ou complices. Son père était son père. Réfléchir plus profondément sur le  sujet lui semblait superflue et sans retour.  

Si ce message existât, il le transmit alors à sa mère par acquis de conscience. Les premières habitations apparaissaient à l’horizon. Emet Losh avait regagné le sol et pris  un dernier tapis roulant. Vingt-cinq minutes après son départ de l’université, le voilà qui  atteignait désormais son quartier de naissance.  



« Pouvons-nous faire une remarque à propos de l’architecture des demeures alturiennes ?

— Au risque de nous répéter : cela présente-t-il un intérêt pour votre récit, Ancile ?

— Vous intéressez-vous à l’esthétique ? 

— Pas plus qu’à l’ésotérisme. Mais soit, faîtes bref. 

— Vues de face, les maisons d’Altura prennent la forme de croix. Une architecture absurde née d’une  polémique ayant secoué la société mille cinq cent ans auparavant : comment construire une maison qui  concilierait étage générationnel et éducation des cadets ?  

— Autrement dit, si nous traduisons bien : ils se demandaient comment élever des enfants sans qu’il  n’y ait d’espace mutuel entre les étages ? 

— Correct. La réponse étant que puisqu’il était impossible de bâtir de plain-pied, il fallait opter pour  un compromis : les architectes ont donc décidé que les chambres resteraient à leurs étages respectifs,  mais qu’on les relierait par une salle commune au centre. D’où cet aspect cruciforme. 

— Nous ne saisissons pas le but de votre intervention. C’est une méthode efficace.  — Voyez par vous-même. De loin, l’ensemble des étages font ressembler ces maisons aux brins  hélicoïdaux de l’ADN.  

— Plutôt à propos, dans le cas d’une société humaine. Une image ingénieuse. Mais nous comprenons  maintenant où vous voulez en venir. 

— C’est laid, n’est-ce pas ? » 



En zigzaguant entre les bâtisses, Emet fit le constat que la peinture s’écaillait sur nombre de  façades. Il s’en surprit. Que peu de personnes les entretiennent, cela n’avait certes rien  d’étonnant. Non, à l’origine de ce sentiment d’étrangeté : une curieuse impression. Il lui  semblait que la durée de vie de chaque nouveau ravalement s’amenuisait, comme si les couches  perdaient de leur ténacité à force de recouvrir les précédentes. Comme si elles se sentaient  harassées de devoir éternellement reprendre le flambeau de leurs aînées, d’avoir à vivre sur des  tombereaux d’écailles et d’écailles. Nous pensons qu’il s’agissait là plutôt de sa perception du  temps qui s’était dilatée avec l’accumulation des années. Cependant il ne nous appartient pas  de juger de la pertinence de sa pensée. Le bientôt adulte du clan d’Emathes se demanda réellement si  la peinture pouvait éprouver de la lassitude. Une des pellicules vint se poser sur son doigt.  

Il l’écrasa de son pouce ; elle s’effritait. 

Une silhouette apparut au tournant, l’incitant à s’écarter du mur. Il était mal vu de toucher  aux affaires d’autrui. Emet Losh n’était pas homme à se soucier de sa réputation, ni de grand-chose par ailleurs. Toutefois il aimait la discrétion, ne serait-ce parce qu’elle lui garantissait une certaine tranquillité. Aussi  savait-il faire profil bas. Emet garda donc le regard fixé sur les pavés lorsque l’inconnu le croisa.  Remarquant seulement que ce dernier portait un chapeau. Dans la typologie des styles  vestimentaires d’Altura, on oscillait entre le très rare et l’inexistant.  


Bon an mal an, Emil rentra chez lui satisfait. Après tout, la peinture de sa maison montrait  encore la fraîcheur d’un adolescent boutonneux.  


« Deux enfants par Famille. Un mâle, une femelle. Le premier pour perpétuer la lignée, la  seconde pour la mêler à d’autres. Ainsi, la fille devenue femme est amenée à abandonner la  demeure familiale pour aller fonder la sienne. Ainsi, l’homme lui ne quittera jamais la terre qui l’a vu naître et grandir. La voyageuse et le colon. Ce sont deux destins bien distincts qui  vous attendent, mes enfants. » 


Discours de Chrysos. Vol. 4, page 100.


Le salon s’éveilla sur son passage. Sur l’écran mural, d’une soixantaine de pouces, un  message de bienvenue. Une table à six chaises au centre de la pièce, munie d’alcôves pour y connecter les brassards. Un unique canapé pour deux fauteuils, une sculpture posée sur l’étagère médiane de l’unique bibliothèque. En s’en rapprochant, nous apercevrions un cadre adossé  contre le bibelot. Le métal du cadre était poli sur les bords, limé par le passage incessant d’un pouce sans  doute un peu trop affectueux. Une holographie de la famille entière s’y faisait voir péniblement. La cause : une  batterie que personne ne se soucia jamais de changer. Nous le regrettons un peu.  

« Les Losh d’Emathes – 139, 140 & 141èmes générations » y verrait-t-on inscrit.  Laissez-nous vous la décrire. Le plus vieux des six arbore une barbe massive tressée de blanc tandis que les pattes d’oie au coin des yeux de sa femme révèlent une vie épanouie et sereine.  Ils sont vieux mais respirent une quiétude certaine. Le couple à leurs côtés fait pâle figure en  comparaison : mâchoire aussi glabre que son crâne, le mari tente d’insuffler plus de prestance que ses maigres épaules ne peuvent supporter. Sa mine sérieuse et la bonté évidente dans son  regard ne parviennent pas à dissimuler son air chétif. La femme qui l’accompagne resplendit  pour sa part, belle et pétillante jusque dans l’éclat de ses ongles, mais quelque chose dans son attitude montre un désintérêt pour son époux. Aucune harmonie ne règne entre eux. C’est  souvent ce qui survient des mariages d’état.  

Quant aux enfants, la qualité lancinante de l’hologramme n’a très vite plus laissé voir leurs  traits. Comme si le destin lui-même avait destiné qu'ici s'arrêterait la lignée.

 

N’importe comment, Emet le dernier membre des Losh ne prêta aucune attention à cette vieillerie. Grimpant dans ces quartiers sans daigner ne serait-ce qu’allumer la moindre lumière. Il aimait baigner  dans la solitude des maisons endormies. Jusqu’à ce qu’il n’allume son terminal, seuls les quelques rayons vainqueurs de la persienne qu’il tenait tirée contre sa fenêtre eurent le droit de  troubler le silence de sa chambre.  

Il connecta le brassard qui lui ceignait le bras gauche à l’ordinateur. Un message d’alerte  apparut, lui demandant confirmation. Emet confirma. En un rien de temps, les données furent  transférées de la micro-puce de son brassard au disque dur de la tour. Un rituel qu’il exécutait  deux fois par jour, au même titre que se nourrir ou se laver les dents. Maintenant installé sur  son fauteuil, dans lequel il se lova, Emet tendit une main paresseuse en direction du petit  moniteur qui jouxtait son bureau. La reconnaissance biométrique lui ouvrit l’accès  instantanément. « Bienvenue cadet Losh », pouvait-il lire. Au-dessus, une toque croisée d’une  fourchette. Directement relié à la cuisine centrale et par conséquent au clan d’Ifrit, le service C.C permettait de commander n’importe quel type de nourriture et d’être livré en quelques  minutes à peine. Le mode de livraison : de tout petits tubulaires qui sillonnaient la ville et  connectaient la totalité des maisons d’Altura. Se massant les tempes, Emet laissa ses paupières  doucement se refermer. 

Le fuiiit de la trappe murale le sortit de sa somnolence. Le pain fumait allègrement, aussi  joyeux qu’un enfant le jour du Grand Anniversaire Commun – le G.A.C, pour user du jargon.  Toutefois Emil s’en saisit sans conviction. Il était de ces gens qui mangeaient pour vivre, à  contrecœur et bien malgré eux. Le sucre sur sa langue ne parvint à le dérider.  

Déjà son esprit s’était mis au travail.  


Ce travail, nous vous en avons déjà parlé. Celui d’historiographe. Cette tâche titanesque que  d’écrire le passage d’une génération. En vérité, qu’on la lui confie n’avait surpris personne.  Cela fait déjà longtemps que les membres de la famille Losh se transmettaient cette charge. Autrefois il en avait été autrement, mais depuis quelques siècles maintenant, ce rôle était revenu à la seconde famille du clan d’Emathes.  

Cependant toute la préparation possible ne pouvait raisonnablement effacer la pression  pesant sur les épaules d’Emet. De par l’immensité de ce devoir, mais aussi par un état de fait  survenu quelques mois avant sa naissance. Vingt ans plus tôt, l’effondrement d’un tapis roulant  avait emporté dans sa chute son oncle, Matthias Ervaren, alors fils hériter du clan tout entier. Ce drame eut des conséquences lourdes de sens pour l’équilibre du clan : ainsi le père d’Emil,  initialement destiné à reprendre le rôle d’historiographe, fut propulsé dirigeant d’Emathes et directeur de l’université, tandis que son grand-père, alors l’historiographe en activité, était  enjoint de garder son poste une génération de plus. Cinquante ans d’histoire à écrire. Cette  situation exceptionnelle faisant par conséquent de son grand-père l’historiographe le plus  important des derniers siècles, et de lui, son petit-fils, celui qui devait succéder à une légende.  


Ce qui ne l’enthousiasmait que moyennement. Emet n’aimait pas qu’on place en lui quelque  attente que ce soit. Taciturne et solitaire, sa nature le poussait plus à l’introspection et à la  lecture qu’à être au centre des projecteurs. Seulement la société demandait plus. Elle voulait  voir le nouvel historiographe triompher, aussi appliqué et rigoureux que l’ancien, mais de  surcroît novateur et audacieux. Après tout, la « fougue des nouvelles générations » était une  mode en plein boom ces derniers mois. Et les écrivains d’histoire se vendaient bien, au même  titre que les foulards colorés.  

Il recevait d’ailleurs maintes demandes d’appariement avec de jeunes demoiselles plutôt bien  placées hiérarchiquement. Il avait même reçu une offre d’une dame du Cercle d’Or, du jamais  vu dans ces cinquante dernières années pour un membre du modeste clan d’Emathes.  

Emet, comme vous avez sans doute pu le deviner, se moquait de tout ça. Simple, pour ne pas  dire simpliste, n’existait qu’une unique tourmente capable de torturer son cerveau au point de le rendre aussi morose et mal luné : comment égaler son grand-père ? Déjà avait-il pour mission de rédiger à titre d’essai, de rite de passage, la suite de l’histoire depuis sa naissance à  aujourd’hui. On lui avait accordé jusqu’à ses vingt-cinq ans. Emil suffoquait rien que d’y  penser. Mais zélé comme il se montrait, ses yeux fatigués ne s’en trouvaient que plus cernés  chaque nuit. Depuis un an maintenant, il lisait et relisait sans relâche l’intégralité du Discours de Chrysos, farfouillant et trifouillant sa mémoire séculaire à la recherche d’une piste pour  rendre fier son illustre grand-père.  

Et c’est ainsi que sa sœur jumelle et sa mère le trouvèrent, ressassant le passé pour mieux  écrire le présent. 


On ne parlait guère durant les repas, d’autant plus en l’absence de Losh senior. Peut-être  était-ce car les mains étaient prises par le repas et que poser les doigts sur son brassard pour  communiquer devenait une peine. Peut-être n’avaient-ils rien à se dire. Emet optait personnellement pour cette solution, mais il était peu probable qu’il en fût de même pour sa  sœur. Rena Losh ne lui ressemblait pas. Volubile et aimable, elle lui évoquait ses sculptures de  métal que l’on voyait près du centre-ville et qui bruissaient au passage des gens. Il aimait sa  sœur. Tant qu’il ne devait pas lire la tonne de messages qu’elle lui envoyait quotidiennement,  s’entend.  

Il en était d’ailleurs de même pour sa mère, que le temps ne parvenait à ternir et qui las, l’avait finalement laissée insensible aux années qui fuient. À quarante-cinq ans passés, elle affichait toujours la même prestance, resplendissante et loquace. En cela, Rena n’était encore  qu’un ersatz de sa mère.  Emil voyait en elles deux personnes admirablement fatigantes.  


Quoi qu’il en soit, il fallait attendre la fin des repas pour que s’engagent les premières  discussions. Au programme : « alors cette journée ? ». Nous devons dire que malgré la  monotonie des sujets, nous n’avons pas souvenir d’une seule fois où Rena se fait prier pour  répondre. Elle se lançait systématiquement dans le long exposé de ses péripéties quotidiennes, qu’elle parsemait toujours de mille et une complaintes à propos d’à peu près n’importe quoi. Emet s’en amusait souvent derrière sa mine laconique. Incapable de comprendre ce qui pouvait bien réjouir autant le cœur  de sa belle jumelle. Il ne disait rien, calme et attentif mais au fond, Emet aimait ces scènes paisibles et  chaleureuses. Hier, aujourd’hui et demain ne  présentaient aucune différence à ses yeux. Pourtant, il se plaisait à voir les cycles se répéter pour en revenir à ce point : ce repas de famille bancal et chaleureux, dont il profitait presque  malgré lui.  

Nous qui connaissons l’histoire sommes contents qu’il ait su aimer ces instants qui, comme  la peinture de leurs murs, s’effritent et ne s’en reviennent plus. Nous qui connaissons l’histoire savons qu’il s’agissait-là de l’un de ses derniers soirs. Il n’eut jamais vraiment de regrets à ce  propos, sauf peut-être de ne pas leur avoir suffisamment dit qu’il les aimait. C’est un défaut qui  le poursuivra tout au long de son existence, de toute façon.  


Ce soir-là, ils ne se séparèrent pas à l’issue du repas. Installés tous les trois devant l’écran,  ils regardèrent le début de Trémolo, l’histoire d’un jeune cadet des basses castes du clan Focci,  qui à force d’abnégation et de volonté, parvenait à se faire un nom dans le monde de  l’audiovisuel alturien. Il y avait un peu trop de pathos, mais c’était un bon film. Ils l’avaient  déjà vu plusieurs fois.  

Vers le milieu du film, alors qu’Hector se faisait menacer par les fameux gangs – une légende  urbaine dont le cinéma était plus que friand -, Rena décida d’aller faire un tour à l’étage inférieur. Elle rendait visite à sa grand-mère, qui avait préféré dîner à part et ce malgré l’absence de son mari. Emet jugea alors le moment opportun pour s’éclipser à son tour. Il ne put quitter le  salon sans que son brassard ne se mette à vibrer.  


« Tu ferais mieux d’arrêter pour ce soir. Trop en faire ne t’aidera pas, Emil. »


Sa mère, l’expression inchangée et les yeux toujours rivés sur l’écran. Sa manière à elle de le materner, à distance et sans reproches. Elle adoptait ses codes, acceptait ses silences. Emil sentait un pincement au cœur à chaque fois qu’il assistait à ce manège, à cette débauche d’amour à laquelle il ne parvenait à répondre. La culpabilité le rongeait. Il se disait souvent que tout aurait été plus  facile s’il s’était montré plus sociable. Mais comme ces oiseaux qu’on avait une fois essayé de  lâcher du zoo pour voir s’ils pouvaient survivre en liberté sous le dôme, il n’était pas conçu pour ça. On avait retrouvé les oiseaux morts deux jours plus tard, les ailes à moitié recroquevillées  sous leur embonpoint démesuré. Il ne pouvait se permettre de finir dans le même état.  

Alors Emil s’enfuit dans l’ombre, regagnant sa chambre où il n’y avait toujours que les rayons de la persienne et le rétroéclairage de son moniteur pour illuminer la pièce. Quelques heures plus tard, Emet Losh, nu comme un ver, louvoya entre les documents éparpillés sur le  sol pour s’effondrer sur son lit. Il lui sembla alors, tandis la nuit l’emportait sur la piqure d’un sédatif, entendre un chant d’oiseau.



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