Walkers of the Chasm (2023 - 2024)
- 2 juin
- 7 min de lecture
Jeu de rôle pédagogique - Tragédie Weird Fiction
Dans l’idée d’introduire aux élèves de la section Cinéma d’Animation de l’École de Condé Rennes le spectre le plus large possible de l’industrie du divertissement créatif, les étudiants de deuxième année participent à un jeu de rôle que j’organise dans le cadre de leurs cours de scénarisation & de character-design. (Pour référence, les troisièmes à eux réalisent un jeu de plateau ainsi qu’un trailer promotionnel.)
Tirant avec des dés les statistiques de leurs personnages pour les amener à sortir du trope du personnage obligatoirement cool, les élèves jouent ensuite sur trois sessions de trois heures avant de réaliser à leur issue un livre illustré où ils racontent aussi bien par l’écrit que le visuel les aventures de leur personnage.
Les thématiques varient chaque année, se basant sur les succès culturels de l’année en cours pour l’associer ensuite avec un ou plusieurs “classiques”. Outre les trois sessions, je produis également une illustration accompagnant la dernière d’entre elles. Le projet terminé, un cours expliquant la construction narrative du jeu de rôle ainsi que la réalisation de l’illustration a lieu.
Pour cette deuxième année, l'immense succès de l'immense Baldur's Gate III quelques mois plus tôt était inévitablement le point de départ de l'intrigue. Mais plutôt que de chercher à aller dans la High Fantasy, je souhaitais profiter de l'occasion pour parler langue anglaise avec les élèves.
M'inspirant de Mac Beth & Roméo & Juliette de William Shakespeare ainsi que du poème de Percy Bysshe Shelley Ozymandias, Walkers of the Chasm fut un jeu de rôle que je voulais à la croisée de tout un tas de genres. Du fantastique, une sorte de "Vernepunk" (Steampunk/Jules Verne) semi-horrifique comme pourrait le faire un China Miéville dans Les Scarifiés, le tout saupoudré de cette tragédie britannique qui sait si bien faire la part belle aux sentiments et au romantisme.
Un cocktail que je voulais volontairement curieux, notamment pour pouvoir ensuite le décortiquer avec les étudiants en comparaison avec les oeuvres originales.
L'histoire se déroula donc dans une sorte d'uchronie de notre monde. 1870, révolution industrielle dans un style victorien mêlé de steampunk. Une île mille nœuds à l'Est des Bermudes est apparue comme par magie. Découverte par une expédition marchande commanditée par la Couronne britannique, ses colons s'aperçoivent qu'ils ne sont pas seuls. Un étrange homme leur fait face. Avec un accent chantant, il les salue.
C'est ainsi que la jeune Caelyn Beth fit la rencontre d'Oghma.
Oghma - référence au dieu de la connaissance dans Donjons & Dragons -, un explorateur interdimensionnel devenu créateur d'une ville appelée New-London, tombe amoureux de Miss Beth, la fille cadette d'une famille de marchands britanniques. Mais leur romance est entravée par les conventions sociales et la désapprobation de la noblesse et, au fil du temps, Oghma, rattrapé par le pouvoir qui le relie à un autre monde que celui-ci, commence à perdre son humanité. Devenant progressivement une menace pour tout ce qui respire.
La désormais Lady Beth doit alors choisir entre sauver l'homme qu'elle aime ou protéger le monde de sa transformation monstrueuse.
Intrigue
"Et sur le piédestal sont inscrits ces mots : Appelez-moi Oghma, Roi parmi les Rois. Contemplez mon œuvre, ô Tout Puissant, et désespèrez."
Oghma est le Nautilon originel, et créateur du Chasme, ce portail qui relie son monde au nôtre. À l'origine simple explorateur à la recherche de nouveaux univers à arpenter, c'est l'amour qui finalement le poussera à rester. Rencontrant Lady Beth dans ces prémices de XIXème siècle, alors jeune fille de noble marchand reliant les terres d'Albion au Nouveau Monde, c'est une idylle de plusieurs années qui fleurit. Mais tandis que les devoirs de la haute société rappellent Lady Beth à ses obligations, ils se font à l'idée de révéler leur jardin d’Eden aux yeux de tous. Révéler l’existence de cette cité où d’étranges créatures se mêlent aux hommes est un risque certain ; mais seul ce risque semble pouvoir tracer cet avenir où leur amour perdure...
Et c'est ainsi que celle que l'on nommera New-London se découvre à l'extérieur. Oghma, que les voyages entre les univers ont déshumanisé, revêt masque et armure pour cacher sa chair défigurée. Se présentant à la Couronne comme un simple homme honteux de son faciès marqué par la vérole, c'est en Major de la Royal Army qu'il se met à protéger la cité naissante.
Mais si Sa Majesté Victoria elle-même voit d'un bon œil les connaissances et la richesse qu'Oghma apporte, ce n'est pas le cas de l'entièreté de la noblesse. Et bientôt, les Beth interdissent à leur fille de fréquenter cette "vermine masquée" répondant du nom de Major Oghma. Les privilèges ne se font jamais autant sentir que lorsqu'on s'apprête à les retirer, et sous le poids de la pression, l'idylle se teinte en tragédie. Leur romance devient un secret bien caché, un tabou abominable. Et la joyeuse et pimpante Lady Beth est rapidement oubliée, laissant place à la redoutable Dame de Fer régnant en maître sur les Sons of the Oak Tree.
Les décennies filent et New-London devient le Joyau mécanique que l'on connaît. Seulement derrière cet écrin brillant se cache une ombre grandissante : de plus en plus de Nautilons – nom que l’on donne à ces chimères mi-humaines mi-animales qui vivent aux côtés des humains de New-London - se mettent à jaillir du Chasme. Sans lien ni explication pour son créateur Oghma. Et s'ils œuvrent à contrôler ce flux, cet événement n'est que trop révélateur d'un fait qu'ils essayent tant bien que mal d'oublier : petit à petit, Oghma le Nautilon originel s'affaiblit... Comme tous ceux qui défient trop longtemps les lois de ce monde, le voilà qui est désormais rappelé par le Chasme. D'abord sa mémoire, son corps, puis enfin son esprit, le puissant Major s'écroule tel un château de cartes trempé par une pluie violente. De curieuse, son apparence se fait monstrueuse. Des pulsions se mettent à l'animer, une colère sourde, une violence délicieuse et incontrôlable, qui ne cesse de croître.
Et ce qui devait arriver arriva. Cela commence par une servante au détour d'un couloir. Un coup de crocs, un coup de patte. Les meurtres s'entassent rapidement, et bien qu'elle fait tout son possible pour dissimuler les faits, Lady Beth sait bien que ce n'est que temporaire. Humains & Nautilons commencent à fomenter une rebellion contre sa main de fer, et surtout, il lui faut vite trouver un remède.
Mais, incapable de raison dans cette course contre le temps, entre l’amour et la vie, Lady Beth choisit l’amour.
Descriptions & Onomastique
Oghma - The One who challenged Ye Mighty
Deity of the world of Faerun, Lord of the Knowledge. Here Immortal and Smiling Bard falling into Madness. "The Immortal Bard" being a reference to Shakespeare's own nickname.
Lady Beth - The Ruler of Love & Despair
Obvious reference to Macbeth, but to Bethsabée (Bathsheba in English) as well, mythical figure and mother of Solomon whose life was marked by the relentless grip of power over her destiny. Hence the comparison with King David for Bathsheba and Queen Victoria for Lady Beth.
Caelyn is a name derivated from Catlyn (Caitlyn/Catherine), meaning "slim" in gaelic. Paired with the "pure and innocent" meaning of Caitlyn, it allowed a clear depiction of who was Miss Beth before the Chasm.
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Une référence évidente à Macbeth, mais aussi à Bethsabée (Bathsheba en anglais), figure mythique et mère de Salomon, dont la vie a été marquée par l'emprise implacable du pouvoir sur son destin. D'où la comparaison entre le roi David et Bethsabée, et entre la reine Victoria et Lady Beth.
Caelyn est un prénom dérivé de Catlyn (Caitlyn/Catherine), qui signifie « mince » en gaélique. Associé à la signification « pure et innocente » de Caitlyn, cela a permis de donner une image claire de qui était Miss Beth avant le Chasm.
Bhán & Aisling - The Panther & the Snake
Beautiful and terrific leaders of Hydra. Based on the "Easter Rising", hence the Irish Revolution of 1916 against Great Britain. They're condemned to lose against Lady Beth and Oghma.
Bhán [bawen] - "Beau" en gaélique.
Un Nautilon panthère noire au sourire enjôleur. Très peu humanoïde, il donne vraiment l'impression d'un immense félin de deux mètres qui se tiendrait sur deux pattes elles aussi d'un noir de jais. Il porte un veston cintré de cuir qui révèle des muscles finement dessinés et un pantalon lui aussi de cuir retroussé au-dessus de ses chevilles de chat. Un fin foulard de couleur vient cravater son col, parachevant sa tenue.
Gérant du maintien du bon ordre dans les ruelles mal famées de New-London, il possède une "salle de torture divertissante" mitoyenne aux geôles de l'"À Trois Têtes", pub irlandais qui sert de QG à Hydra.
Il parle avec un lourd accent, roulant entre autre les R.
Aisling [achline] - "Vision, rêve".
Pendant les années les plus dures de l’occupation anglaise, autour du XVIIIe siècle, le mot Aisling était donné à un style de poésie spécialement émouvant, où le poète rencontre l’Irlande pendant une vision, personnifiée sous les traits d’une belle jeune femme en détresse.
Cette femme-cobra royal aux yeux cristallins est aussi belle qu'animée d'une douceur insoupçonnée : tenancière de la plupart des maisons closes de New-London, où elle abrite nombre de fille-mère et autres femmes sans autre refuge possible, c'est une dame vêtue d'un tailleur qui révèle ses épaules larges et sa taille de guêpe. Elle porte de hauts talons claquants, qui lui permettent de surplomber ses interlocuteurs. Aussi impressionnante soit elle, sa langue serpentine a tendance à poindre en-dehors de sa gueule, la faisant sosotter lorsqu'elle parle.
Ses "dames" et Aisling elle-même portent toute une barrette en forme de lys entrelacés (Easter Lily).
Ex-compagnons d'Oghma persuadés que sa chute est due à Lady Beth, ils n'ont désormais plus que pour but d'achever les souffrances de celui qui fut autrefois leur ami. Au-delà des liens, c'est aussi leur sincère désir de protéger les Nautilons débarqués dans ce monde qui leur est tant hostile.
Isaac Carey - Lord Great Chamberlain
"Isaac", the son almost sacrificed in the Bible + Henry "Carey", William Shakespeare's patron who gave his name to the troupe.
Haut-dignitaire envoyé par la Reine Victoria à New-London pour la réception, il est condamné à être massacré par Oghma lui-même durant l'attaque des zombies, cloué sur le portrait de la Reine elle-même.
"These violents delights have violents ends. Thus, with a kiss I die. Parting is such a sweet sorrow that I shall say goodnight till it me morrow." Romeo & Juliet - Shakespeare (1597)





