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Gardiens des Cimes (2025 - 2027)

  • 11 juin
  • 34 min de lecture

Dernière mise à jour : 20 juil.

Roman illustré de Fantasy à destination des éditions Les Mondes Flottants.



Résumé


Le Monde de Rheos est entouré d'un précipice infini. Les océans qui bordent ses terres se jettent dans un abîme insondable duquel on dit habité par "Eux". 


Vestiges d'un passé où les Dieux marchaient encore aux côtés des Hommes, des phares jalonnent ses côtes. Pourtant, loin de guider les marins en détresse, ces grandes structures de pierre dégagent un air bien plus menaçant. Résolument tournées vers les ténèbres, elles semblent avoir été construites pour s'en protéger. 


Alors que la magie conférée par les esprits se tarit mystérieusement et que les braises de la guerre semblent se raviver dans un ultime sursaut pour y remédier, Ivi, dernière gardienne d'un de ces phares oubliés de tous, va se retrouver en possession d'un artefact à la puissance incommensurable. Tout à coup capable de sauver comme de détruire un monde qu'elle ne connaît qu'à peine, Ivi va entreprendre un voyage initiatique à travers Rheos à la recherche de réponses à ses questions.



Note d'intention


Ce roman à destination des éditions Les Mondes Flottants, édition spécialisé dans les livres illustrés, est un projet en collaboration avec Flora Sellaye, qui s'occuperait donc de la partie graphique.


Un univers dans un Âge sombre - 

Le monde de Rheos est un monde où autrefois les humains et les esprits vivaient en harmonie. En échange de leur vénération, les esprits conférèrent aux Hommes des pouvoirs que l’on nomma bientôt magie. De cette magie, les prêtres et les sorciers en tirèrent des savoirs et des technologies, qui devinrent petit à petit la base même de nombreuses sociétés. Des pays et des royaumes émergèrent, et avec eux, la folie des grandeurs également. Les hommes voulurent plus, toujours plus, finissant par s’entre-déchirer. 


Et bien que les esprits ne voulussent jamais de ces batailles, la ferveur des Hommes grandissait proportionnellement à leur ambition, les galvanisant à leur tour. Certains esprits se muèrent en dieux, gagnant la faculté de se matérialiser physiquement. Ils devinrent par la même occasion des armes. Ainsi, l’inévitable se produisit : cette course à la surenchère et à la vanité enfanta d’une guerre-reine.

La Guerre du Cataclysme réunit pratiquement toutes les nations de ce monde. Dans une effusion de sang, de magie et de violence, les dieux eux-mêmes s’affrontèrent. Réunis sur ces fameuses Terres des Cimes à l’origine pour s’entretuer, les humains furent bientôt réduits à simples spectateurs. Constatant la toute puissance des esprits alors qu’ils se faisaient broyer et annihiler par ces géants nés de leur foi. Les millions d’hommes et de femmes qui succombèrent ne furent pas les seuls à tomber au combat. Ce jour-là, des dieux aussi moururent. Laissant leurs carcasses immenses en ultime souvenir de ce carnage. 


Un millénaire s'est écoulé depuis ces faits, si bien que plus aucun livre d’Histoire n’enseigne ces événements. Quelques mythes les mentionnent encore subrepticement, mais les gens n’y voient jamais plus qu’un conte pour effrayer les enfants. Le plateau lui-même que l’on nommait Cimetière des Géants en référence aux dieux défunts est devenu “Cimes-Terres” puis “Terres des Cimes”, oubliant tout de son sens premier. Les humains ont délaissé ce lieu, et avec lui, toutes les leçons qu’ils auraient dû tirer. Quelques villageois natifs du plateau ont bien tenté de faire perdurer la tradition de prier les esprits. Sans succès. Ils se sont éteints un à un, arrivant ainsi au début de l’histoire d’Ivi. La dernière humaine de la seule terre que les esprits et les dieux n’ont pas abandonnée.


Ivi est donc une jeune fille qui, suite à la mort de son grand-père, se retrouve à garder le phare que ce dernier avait toujours protégé. Situé à trois mille mètres au-dessus du niveau de la mer au sommet d’un immense plateau montagneux nommé les Terres des Cimes, ce phare selon la légende garderait les Hommes de sinistres créatures tapies au fin fond des abysses. 


Cependant, voilà déjà des siècles que le phare ne s’est plus allumé, et pourtant rien ne semble jamais émerger de l'horizon. Mais Ivi reste à son poste. Elle a vu le dernier habitant du dernier village des Terres des Cimes disparaître, faisant d’elle l’unique humain à fouler ces lieux. Fort heureusement, Ivi n’est en réalité pas si seule. Les esprits l’accompagnent depuis toujours.

L’histoire du Gardien des Cimes se passe donc dans un monde qui oscille entre le médiéval fantasy et la magitech. On y retrouve des royaumes comme Alphiria qui évoquent vraiment les monarchies classiques européennes du XIIè/XIIIème siècle, mais également un empire bien plus moderne, ici Viridis, dont la capitale se rapproche plus d’un Londres ou d’un Paris du XIXème siècle. D’autres lieux vont chercher dans des inspirations plus orientales ou au contraire slaves, afin de créer un univers le plus immersif possible. 


Un second aspect qui me semblait important dans cet univers, c’est de ne pas tomber dans le trope classique “la magie c’est bien, la religion c’est mal” qui est constamment utilisé dans le médiéval fantasy. Ici il s’agit finalement d’une seule et même chose, et prêtres comme magiciens ne sont jamais que l’envers d’une même pièce. Cela permet de brouiller les pistes et d’éviter selon moi l’écueil du manichéen. Le parcours d’Ivi après tout n’est pas de porter un jugement moralisateur sur le monde des Hommes qu’elle découvre, mais de découvrir ce qu’elle souhaite elle-même faire de son existence. Et ses actions, finalement, sont plus le fruit d’une réflexion camusienne (entre “la justice et ma mère, je choisis ma mère”) que d’une volonté de rendre justice. Puisque nous sommes dans les références, on est ici sur une sorte de réincarnation de Candide, avec un voyage initiatique certes plus guerrier, mais qui renvoie à la même morale, celle de “cultiver son propre jardin”.


Mais pour mieux expliquer cela, je propose de parler de l’intrigue.

À noter qu'Alma & Gardien des Cimes partagent un univers similaire sur bien des aspects. Bien que différents dans leur Atlas, j'aime à croire que d'une certaine façon, Alma est la préquelle du Gardien des Cimes de nombreux milliers d'années. À moins que ça ne soit l'inverse ?


Consternés par l’avidité des Hommes, les esprits se sont retirés peu à peu du monde. Hormis une poignée d’entre eux maintenus par la prière assidue de certaines églises et les incantations de magiciens particulièrement doués, il n’y a jamais plus que les Cimes-Terres pour espérer en voir se manifester. Les Géants (aka. les esprits-guerriers "dieux”) ont quant à eux bel et bien quitté le monde, partant se réfugier dans les abysses du Précipice. Ce qui ne poserait aucun problème si ces esprits n’étaient pas à la source même de la magie : or, à l’inverse, qui dit moins d’esprits dit une magie qui périclite. Pour des sociétés qui se sont construites autour de la magitech, c’est une menace majeure. 


Aussi, les chercheurs et mages sont sur le pont depuis quelques décennies pour trouver sinon un substitut, au moins une manière de reproduire l’énergie née des esprits. C’est à ce point que commence l’histoire du “Gardien des Cimes”. Des magiscientistes/chercheurs en magiscience ont découvert dans de très vieilles archives qu’il existerait dans les Terres des Cimes un artefact qui agirait comme un générateur, une pile presque intarissable. Seulement, accéder aux maudites Terres des Cimes est non seulement dangereux mais également très mal vu du public/des relations internationales. Ainsi, plutôt que d’y aller eux-mêmes, le conseil de Viridis va laisser propager la rumeur de cet artefact, essayant de pousser le royaume voisin, Alphiria, à tenter lui-même l’expédition. Déjà au bord de l’effondrement de par la corruption et une dépendance totale à Viridis en terme de ressources magitechniques, Alphiria n’aura d’autre choix que de tomber dans le piège. Ils montent donc une expédition, comme on le voit au chapitre 1. 


Et c’est là où entre en jeu le mage Ambrosius/Ambre. Ce que je voulais pour cette intrigue, c’était de jouer sur un double complot. Le royaume corrompu (Alphiria) contre lequel les héros s’opposent mais qui est en réalité manipulé par une force bien plus dangereuse et insidieuse (Viridis) est un trope classique mais efficace, qui permet de créer une gravité en escaliers, qui capture le lecteur tout en étant facilement accessible. Toutefois, pour sortir d’un manichéisme ennuyeux, je voulais amener un parallèle troublant : Ambre est manifestement un “gentil”. Il vient en aide à Minerva puis à la troupe d’Ivi dans son ensemble. Pourtant, cette force de bien est à l’origine de toute cette histoire. C’est lui qui permet à Viridis de découvrir l’existence de cet artefact. C’est lui qui donne la gemme qui permet d’accéder au temple à Minerva et qui force ainsi la rencontre avec Ivi. C’est lui qui ultimement fera en sorte que les phares soient rallumés, ramenant les Géants sur terre et provoquant ainsi la fin de la magie.


Indirectement, la personne qui a les intentions les plus destructrices et nihilistes est un des protagonistes. Aussi vils puissent-ils sembler, les membres du conseil de Viridis ne cherchent jamais qu’à retrouver la gloire (certes fantasmée) du passé et par la même occasion à protéger leur civilisation. Amber, quant à lui, ne se pare d’aucune belle valeur. Certes, tuer la magie est censé aider les Hommes à se responsabiliser et reprendre leur destin en main. Mais le prix est bien trop lourd pour qu’invoquer de bonnes intentions suffisent. Ivi d’ailleurs ne s’y méprendra pas et le fustigera à ce propos : coupable ou non, il devra prendre ses responsabilités.


Extrait de chapitre


Vous trouverez ici en échantillon le commencement du roman.


Prologue

« Ils reviendront. » 



Loin, au septentrion d’un royaume répondant au nom d’Alphiria se trouvait un plateau montagneux que nul guère n’osait plus visiter. Territoire isolé mais jaune d’un blé sauvage et de forêts épaissement luxuriantes, c’était une contrée qui aurait pu être accueillante si elle n’avait été réputée maudite. La légende voulait que les Dieux eux-mêmes aient conspué ce lieu.

Mais imaginons un instant que nous puissions nous y rendre. Que verrions-nous ? Imaginons un seul instant...


En chevauchant le vent à partir du dernier fort du Royaume, nous aurions aperçu d’immenses falaises à gravir et à leur sommet, des terres arables ne demandant qu’à être cultivées. Puis, au détour d’une colline verdoyante, un village abandonné. Ses bicoques tenant à peine debout telles des vieilles dames trop fatiguées pour être encore menaçantes, symboles d’un hameau chaque fois un peu plus décrépit. Hameaux qui se seraient enchaînés au gré des lieues que le vent aurait parcourues, laissant finalement place à... un immense cratère.

Les vestiges d’un champ de bataille. Des épées rongées par le temps n’ayant plus qu’un moignon de métal à agiter en guise de drapeau blanc, et un sol calciné duquel plus aucune plante n’a jamais souhaité renaître. Si nous avions accompagné le vent, nous aurions observé les impacts de boulets de canon dans la roche désormais polis par la pluie. Mais là où ce spectacle tragique semblerait malheureusement commun de par la nature des Hommes, un voyageur assez fou pour arpenter ce lieu interdit aurait été stupéfait par la colossale cage thoracique sortant à moitié de terre se trouvant quelques pas au-delà du cratère. 

Des os titanesques, de plusieurs mètres de long, laissant l’imagination s’affoler. Impossible de deviner ce qu’avait pu être la créature. Pourtant si jamais cette bête sacrée avait un jour jamais eu la stature d’un humain, il aurait bien fallu vingt gaillards se faisant la courte échelle pour arriver à son seul menton. 

Quelques heures plus tard, notre périple toucherait à sa fin. Le vent nous amènerait au bord du plateau, marqué par un ultime village flanqué dans une cuvette. Levant le regard vers le sentier de chèvre permettant d’en sortir, nous aurions distingué au sommet d’un promontoire rocheux ce qui ressemblait étrangement à un phare. Trois kilomètres au-dessus du niveau de la mer, l’œil résolument dirigé vers les ténèbres qu’il distinguait par-delà l’océan. 


C’est ici que le vent vous aurait déposé. Et c’est également ici que commence notre histoire, l’histoire d’Ivi, dernier gardien d’un phare situé aux cimes d’une terre oubliée de tous. Qui pour l’heure, vient de perdre son grand-père.



*



« Ivi, ne te fie jamais à un unique regard. Il y a des choses parmi et autour de nous que nous ne pouvons voir par le biais de nos seuls sens.

– Je sais, grand-père, je ferai attention. » 

Le vieux Chano regarda l’adolescente dévaler joyeusement en courant les marches marquant l’entrée du phare, un arc à la main. Il secouait la tête en souriant.


Ivi, agenouillée auprès de la tombe, se recueillait en silence. Le visage contrit mais sans douleur. Sa main glissa une dernière fois sur les inscriptions gravées de manière rudimentaire dans la pierre avant de s’aggriper à son rebord. Ivi se redressa et observa l’horizon. Le soleil naissant dans son dos éclairait doucement les crêtes des vagues de l’océan, trop peu cependant pour que l’on puisse correctement distinguer la séparation entre l’eau et le gouffre insondable qui le suivait. Pourtant, Ivi savait que l’abysse se trouvait juste là, par-delà les mers. Son grand-père lui en avait bien trop parler pour qu’elle puisse l’oublier un seul instant. 

C’était après tout, de là d’où ils devaient un jour ressurgir.


« La tantine du potager est tombée malade. Elle tousse beaucoup.

– Je... vois. L’énergie et l’envie doivent lui manquer depuis que ses enfants sont partis. Tu t’occuperas des légumes à sa place, Ivi ?

– Oui, grand-père. » 

Le dit grand-père lorgna tristement la pelle qui s’adossait dans un coin de la pièce, avant de reporter son attention à travers la longue-vue. 


L’aube avait laissé place au petit matin, et Ivi était désormais en nage. Armée d’une fourche trop grande pour elle, la petite-fille du Vieux Chano s’échinait tant bien que mal à donner du foin à trois yaks des montagnes très peu concernés par le processus. Ceux-ci la contemplaient avec un flegme typiquement bovin. Ivi jura même déceler une étincelle de mépris dans le regard du plus âgé d’entre eux. Revancharde, elle décida de remplir sa mangeoire en dernier. 

Sa tâche enfin terminée, Ivi sortit avec soulagement de l’étable délabrée, qu’elle referma soigneusement. Elle se dirigea ensuite vers les champs, et profita d’un détour au puits pour se débarbouiller. Ce qui, pour cette jeune femme plus habituée au bruit du vent qu’à celui des vivants, consistait à se vider un seau d’eau sur le crâne et essuyer vaguement le tout avec son vêtement. Ivi passa les doigts dans sa chevelure dorée comme les blés, et les ramena en arrière. Coupés en brosse de manière inégale, ils se redressèrent aussitôt vers le ciel avec une véhémence certaine. L’été approchait à grands pas maintenant. 

Grandes aussi étaient les foulées d’Ivi à travers les prairies de cette contrée. Loin de suivre les sentiers qui de toute manière s’effaçaient peu à peu, la gardienne du phare coupa à travers champs, enjambant les murets de pierre écroulés qui délimitaient autrefois ces derniers. Filant le long d’un chemin aux jalons disparus, elle s’enfonça dans la forêt sans hésiter.

Le son du vent laissa place aux chants des oiseaux et aux bruissements de petites bêtes dans les feuillages. Les branches craquaient parfois sous ses pieds, accompagnant la mélodie animale qui habitait ce lieu de son propre instrument. Les arbres s’étendaient loin au-dessus de sa tête, formant une canopée si dense que la lumière transparaissait à peine. Ivi ne semblait pas se soucier de l’obscurité. Elle s’appuyait parfois le long des troncs, ses doigts à l’affût d’un signe dans l’écorce. Tout dans sa gestuelle indiquait qu’il s’agissait là d’un trajet qu’elle connaissait bien. Et même lorsque les pépiements, brames, chicotements et autres babillages se turent pour que ne règne plus qu’un silence pesant, Ivi poursuivit son périple.


« Cette Terre autrefois était bénie par les esprits. On raconte qu’ils vivaient à nos côtés, et pas seulement l’instant d’une rencontre. Non, ils allaient, venaient. D’abord craintifs, puis curieux au point de venir se lover dans le creux de tes paumes. Il paraît même que certains décidaient de se lier à un humain au point l’accompagner durant toute sa vie ! Ma mère me racontait souvent que dans sa propre jeunesse, on pouvait encore en apercevoir poindre le bout de leur nez depuis l’orée de la forêt. »

Farfouillant dans les braises du foyer avec son tisonnier, le vieux Chano s’adressait à une Ivi à peine plus haute que trois pommes. Ils se tenaient tous deux emmitouflés dans une couverture de laine épaisse, bercés par le crépitement du feu. La neige s’amoncelait dehors.

« Je n’ai jamais pu en observer, reprit le vieil homme sur un soupir. Je ne sais pas si c’est parce qu’ils ont totalement disparu, ou si je n’étais tout simplement pas destiné à les voir. »

 Il ébouriffa la crinière rebelle de sa petite-fille assoupie, la mine attendrie.

« D’un côté, que rien ni personne n’apparaissent c’est bien l’histoire de ma vie ! Tu es bien la seule à être apparue, tombée du ciel jusqu’au pas de ma porte. » 


Ivi entendit avant d’apercevoir sa destination. Les clapotis de l’eau s’étaient étoffés au fur et à mesure qu’elle avait remonté un des nombreux ruisseaux de la forêt, s’accumulant jusqu’à se transformer en une symphonie fracassante. Se dépêtrant d’une énième fougère mise sur sa route, Ivi arriva enfin à la source de ce concert aquatique. 

Le lac ne trônait pas véritablement au milieu d’une clairière, car la futaie se poursuivait loin au-delà. Seule la canopée au-dessus d’eux se clairsemait, laissant filtrer quelques rayons du soleil. Des parterres fleuris jonchaient la terre que la lumière avait touchée Des jonquilles et des jacinthes poussaient ensemble au pied d’un chêne séculaire tandis que des anémones tachetaient de blanc le vert sombre de l’herbe des sous-bois. Toutefois, autour du lac ne se dressait plus qu’une seule espèce : d’immenses muguets aux lourdes clochettes inclinées solennellement vers l’étendue d’eau. L’adolescente se fraya un chemin entre deux de ces muguets et s’accroupit au bord du lac. Ivi déballa le petit baluchon qu’elle portait toujours sur elle et en sortit quelques épis de blé séchés. Alors que le son de l’eau se faisait plus fort que jamais, Ivi attendit.

Des lueurs émanèrent du bassin, telles des bulles d’air qui tenteraient désespérément de remonter à la surface. La plupart, trop faibles sans doute, s’évanouirent sitôt la surface aqueuse traversée. D’autres palpitèrent quelques secondes de plus avant de se dissiper également. Néanmoins, l’une d’entre elles insista et parvint à se hisser hors du lac. Flottant dans les airs à hauteur d’yeux d’Ivi, la lueur enfla encore et encore. Elle se métamorphosait, se liquéfiait et se solidifiait à tour de rôle, arborant une forme différente à chaque fois. Petit à petit, une oreille hérissée en pinceau se distingua, puis deux grands yeux bleu-vert. Une queue touffue ainsi que des ailes chatoyantes. La créature se jeta sur les épis de blé et les dévora goulûment. Elle vint ensuite se frotter contre les jambes de la gardienne toujours accroupie. Puis sur un cri d’un autre monde, l’esprit qu’Ivi avait nommé Liwu éclata en une myriade de lucioles embrasées. 

Se relevant tranquillement, Ivi put observer le fond du lac grâce à la lumière laissée par Liwu. Si l’eau faisait un tel vacarme en ce lieu, c’était parce que le lac n’en était pas un. C’était un gouffre, une trouée béante. Les ruisseaux de la forêt se rassemblaient ici pour chuter à jamais dans un océan située des milliers de mètres sous ses pieds. Un océan que ni Ivi ni son grand-père n’avaient jamais pu qu’observer au loin, depuis la vigie solitaire du phare. 

La jeune fille se surprit une nouvelle fois à se demander ce qu’il se passerait si elle se laissait couler. Les bulles la retiendraient-elles ? Ou bien s’en irait-elle à jamais, happée par la cascade vers une mort assurée ? Comme à chaque fois, Ivi ne céda pas à la curiosité. Son grand-père lui avait après tout légué une mission.


« Non, Ivi, pas comme cela. Rentre les épaules, redresse ton arme. Viens, donne-moi ça !

– Il faut que tu te reposes, Cha-... grand-père.

– Alors fais-le bien ! » 

La silhouette d’un homme à la crinière blanche et au dos voûté se découpait de manière amère dans le crépuscule. Sa petite-fille le regarda gesticuler péniblement, et s’évertua ensuite à l’imiter. Il y avait quelque chose d’absurde dans cette danse martiale réalisée aux confins d’un monde abandonné.


L’heure du dîner avait sonné, et Ivi était retournée au phare. Attablée à une table du rez-de-chaussée, elle mâchonnait un pain trop livide pour être appelé bien cuit. Des restes colorés dans l’assiette qui trainait non loin laissaient deviner quelques légumes déjà dévorés. Autour d’elle, un petit banc à même la fenêtre sur lequel des livres s’empilaient, dégueulant d’une bibliothèque qui avait connu des jours meilleurs mais qui semblait toujours conserver en son sein mille et uns trésors. Des cartes, une boussole à cadran, la corne d’un animal anonyme… On y retrouvait également un dessin d’enfant, délicatement accroché au dos d’un carnet de cuir limé. Le bois des meubles avait blanchi avec le temps, évoquant désormais le joli albâtre du bois flotté. Cependant, avec ce soleil embrasé qui tombait désormais sur la mer, tout ce blanc nimbait la pièce d’une clarté presque étouffante. 

Son repas terminé, Ivi grimpa les marches exiguës du phare. L’escalier en colimaçon s’ouvrit tout d’abord sur une salle d’étude en bazar. Des papiers s’amoncelaient sur le bureau, et bien que le sol semblait globalement exempt de tout chaos, un coffre rempli de jouets pour enfants laissait supposer qu’autrefois il en était autrement. Elle continua son chemin.

Au sommet du phare se situait le poste de vigie. Une gigantesque lentille à échelons se tenait en son centre, l’iris résolument dirigé vers l’horizon. De petits cristaux enchâssés dans son socle l’alimentaient en énergie, lévitant par la seule force d’une magie que le vieux Chano lui avait expliquée maintes et maintes fois en vain. La seule chose qu’Ivi savait était qu’en théorie, la lentille fonctionnait et fonctionnerait encore des siècles durant. Ivi ne pouvait toutefois pas s’empêcher d’en douter : après tout, elle n’avait jamais vu une seule fois le phare s’allumer.  

Après avoir contemplé longtemps le crépuscule auréoler les parois du phare de rose et de rouge jusqu’à ce qu’il ne soit lui-même dévoré par le noir des abysses, Ivi déplia sa couche à l’endroit où son aïeul déposait autrefois la sienne, et ferma les yeux.


« Grand-père, je pense que tu le sais, mais je me dois te le dire quand même.

– Quoi donc, Ivi ?

– Il n’y a rien ici. Plus rien. Vraiment rien du tout du tout. » 

Des larmes chaudes roulaient sur les joues de la jeune femme, serrant la main de son grand-père alité. Celui-ci lui rendit son étreinte avec une force étonnante pour un mourant.

« Je le sais bien, ma très chère enfant. Mais même s’ils n’existent plus, même morts et desséchés depuis mille ans, ils finiront par revenir, souffla-t-il avant de sourire de toutes ses dents. Je les vois qui me tendent la main. Les Errants arriveront, Ivi, ils arrivent... » 

Et sur ces mots prémonitoires, Chano le vieux gardien du phare rendit ainsi son dernier souffle.


Minerva de Brasénie ne connaissait du royaume d’Alphiria que sa capitale et ses environs. Digne fille de ses nobles parents, ducs de leur état, elle avait assidûment suivi une formation d’écuyère, espérant devenir ainsi l’une des premières femmes chevaliers de l’histoire du royaume. Aussi, quand la nouvelle de l’expédition se répandit et que sa participation se confirma, elle trépigna de joie. C’était pour elle l’occasion de clamer ô combien les dieux avaient promis à la cadette des Brasénie un destin resplendissant ! Dernière enfant d’une famille de trois, Minerva ne réalisait pas à quel point ses parents et ses frères l’avaient choyée.

Pleine d’enthousiasme, elle partit pour Fort-Albâtre sur un aéronef mobilisé par le royaume. Le pied sur le pont, l'œil scrutant l’horizon, elle se sentait exploratrice chevronnée. Le motif exact de cette mission ? Minerva l’ignorait, ou plutôt : elle n’avait jamais pris la peine d’écouter. Son supérieur, Gaëtan de Mornski, surnommé Capitaine Moustache dû à sa lippe si bien garnie, l’avait pourtant déjà maintes fois répété. Mais rien n’y faisait ; l’appel de l’aventure triomphait sur toute raison. 

L’expédition comprenait une vingtaine de chevaliers, autant de soldats, quelques écuyers, mais également des individus autrement plus mystérieux aux yeux de la jeune noble. Les premiers portaient des livres dorés et des chasubles chatoyantes, et les seconds de longues robes et des bâtons aux motifs mystérieux. Les uns psalmodiaient et pestaient dès qu’ils le pouvaient, et les autres se faisaient un malin plaisir à les ignorer allègrement. Ces derniers, les magiciens étaient au contraire des prêtres généralement bien trop occupés à avoir l’air mystérieux pour se préoccuper d’autres affaires que les leurs. Minerva, intriguée par ces figures si rares, tenta d’en approcher quelques-uns. Mais les conversations tournaient rapidement court, alors que ses interlocuteurs lui faisaient comprendre qu’elle n’était pas à même de comprendre leurs esprits supérieurs. Minerva, loin de se décourager, se dévoua à les espionner. Elle découvrit alors que cette aura de mystère qu’ils semblaient cultiver si naturellement était toute feinte : les magiciens attendaient en réalité qu’on les observe pour se mettre à grommeler dans leur barbe trop bien brossée. Sinon ils restaient là, bringuebalant dans leur normalité bedonnante. La curiosité de la jeune femme retomba aussi vite qu’elle était née. 

« Quels poseurs, ceux-là… !

– Je ne te le fais pas dire », fit une voix dans son dos. 

Surprise, Minerva se retourna. Un homme la surplombait, un sourire affable déguisé derrière sa capuche. Pas de barbe à signaler, mais la bâton à sa main raviva la méfiance de l’écuyère. Il ne s’agissait en aucun cas d’une simple canne de voyageur. Exquisément ouvragé, il semblait absorber toute la lumière ambiante.

« Et vous êtes, monsieur ?

– Mage Ambrosius Philaemonis. Mais tu peux m’appeler Amber. » 

Si elle marmonna quelque chose à propos des noms à rallonge des magiciens, son vis-à-vis fit toutefois mine de ne pas l’entendre. À la place, il survola les alentours de la main. Sa longue manche ornementée ne laissait poindre que son index, cependant Minerva put tout de même discerner ce qu’il désignait : certains membres de l’expédition. La majorité, si ce n’est la quasi-totalité, furent lentement ciblés par le mage encapuchonné. Minerva ne fut elle-même pas montrée du doigt.

Et grand bien lui fit, car une semaine à peine plus tard, chacun des membres indiqués par Amber était décédé. 


Tout avait pourtant bien commencé. L’expédition était arrivée à bon port à Fort-Albâtre, accueillie en grande pompe par le baron local. Ils logèrent dans la plus belle auberge et se réapprovisionnèrent en vivres. Minerva découvrit  au fil de ses permissions une ville au rythme paisible mais dynamique. Son arrogance de dame de la capitale s’était temporairement tue, en faveur d’une sympathie involontaire pour cette bourgade pleine de bonne humeur. Et alors que les sherpas censés les guider promettaient même un temps idéal pour entamer l’ascension des Terres des Cimes, ils se préparèrent à repartir. Située à quelques milliers de mètres au-dessus de leur tête, cette région n’augurait ainsi rien de funeste. 

Le sentier menant au sommet du plateau devait probablement avoir été pavé jadis, à en juger par les pierres érodées qui émergeaient de la terre çà-et-là. Escarpé quoique praticable, ce chemin étroit était orné de creux à flanc de roche où bivouaquer, si bien qu’au bout de trois jours et de nuits, ils atteignirent le sommet. Ou tout du moins, c’est ce qu’annonçait à l’origine le topo de la mission. Pour une fois, Minerva avait essayé de l’écouter et rien ne présageait du froid glacial et du brouillard qui se levèrent dès le second matin. 


En ouvrant les yeux, l’apprenti chevalière avait observé un ciel auroral entouré d’une immense chappe nuageuse qui les submergeait presque intégralement. On n’y voyait pas plus loin qu’à deux pas. Se redressant, elle contempla les soldats affairés tant bien que mal à replier le camp comme à l’accoutumée, mais la réalité d’un précipice potentiellement à quelques mètres de leurs pieds les faisaient se mouvoir avec une précaution presque comique. Capitaine Moustache lui-même tortillait sa moustache avec inquiétude, tressautant à chaque nouvelle vocifération de l’évêque en plein débat avec les sherpas. Minerva observa soudainement une choppe rentrer dans son champ de vision par le dessus, et rejetant la tête en arrière, elle aperçut Amber qui le surplombait, la mine narquoise. Le mage semblait s’être pris d’une curieuse affection pour elle. 

« Sacré temps pour grimper, n’est-ce pas ? fit-il en s’accroupissant à ses côtés.

– Vous n’êtes pas censé aller parlementer avec eux ? répliqua Minerva en désignant du menton l’attroupement. J’ai peur qu’ils en viennent aux mains si ça continue. 

– Oh, j’aimerais bien voir ça ! Un cul-bénit qui chute de huit cent mètres en faisant un soleil, voilà bien qui me réconcilierait enfin avec le clergé. Mais malheureusement… ajouta un Amber qui leva deux mains désabusées, les sherpas sont des guides trop bien élevés.

– Vous êtes décidément une mauvaise personne », conclut la jeune fille en sirotant dans la choppe fournie par le magicien. Le goût amer mais brûlant du café vint réconforter son corps frigorifié. À en juger par l’absence de feu dans les environs, Amber avait dû le réchauffer avec sa magie. 

« Mais… si vous savez faire ça, réfléchit Minerva en montrant du doigt le liquide au fond de la tasse. Vous ne pourriez pas magiquement faire disparaître tout ce brouillard ? »

L’homme aux habits colorés éclata de rire, balayant l’air d’un revers de la manche. 

« D’ordinaire, je le pourrais ! La magie climatique n’est clairement pas ma spécialité, mais elle fait partie des premières que les humains aient jamais découvertes. Cependant… on ne peut affecter le temps que si ce dernier est d’origine naturelle. 

– Et ce n’est pas le cas ici ? 

– L’endroit où nous nous rendons est très particulier, expliqua Amber en prenant un ton presque professoral. C’est une terre sauvage, que les légendes aiment conter comme la contrée des dieux. En cela, elle n’accueille les humains que difficilement.

– Difficilement ? 

– Imagine une grand-mère acariâtre qui en aurait marre que son petit-fils soûl vienne une nouvelle fois piller son garde-manger. Et qui, sa patience et son amour abusés, feindrait la mort pour ne plus être dérangée. Eh bien, les Cimes-Terres où nous nous rendons, sont un peu comme ça. Vieilles, vénérables, et à raison peu commodes. »

Assis à même le sol, le mage Amber caressait doucement la roche qu’il sentait sous le bout de ses doigts, mais Minerva n’en vit rien. Elle se contentait de tenter de démêler le vrai du foutraque de son interlocuteur. 

La pagaille régna encore quelques temps au sein du camp, mais alors que les premières lueurs du matin laissait place à une tâche azur au-dessus de leurs têtes, la brume épaisse sembla se lever un peu. Ils reprirent de ce fait leur route. 


Le soir venu, quelques tables de fortune étaient montées, auxquelles les membres de l’expédition les plus gradés se rassemblaient pour le dîner. Minerva, en tant que noble, était conviée et ce malgré son statut d’écuyère. Il était après tout hors de question de prendre le risque de se brouiller avec le duc de Brasénie. Capitaine Moustache présidait l’assemblée de manière mal assurée, la tradition voulant qu’il régale les invités d’honneur de son régiment : à savoir l’évêque et ses clercs, mais également les mages. Cette petite troupe récalcitrante se trouvait donc réunie à la même tablée dans un climat parfaitement désagréable, tandis que non loin, rires et bonne humeur régnaient entre les chevaliers occupés à festoyer. D’une certaine manière, Minerva partageait la détresse de son supérieur. Autour d’elle, babillaient depuis de longues minutes trois fils de nobliaux qui du haut de leur écuage, fantasmaient sur leurs prouesses prochaines. Ils débattaient ici de ce qui les attendraient une fois parvenus sur le plateau des Cimes-Terres. 

L’un se vantait de pouvoir occire un dragon, l’autre se narguait d’être si bon cavalier qu’il saurait chevaucher même la plus impétueuse des licornes, et le troisième essayait tant bien que mal de convaincre Minerva qu’il saurait la protéger d’une armée d’ogres déchaînés. En bonne fille de duc, la damoiselle souriait distraitement aux rodomontades de son soupirant du soir, et le regard fuyant, se surprit à chercher le visage d’Amber. Assis à la table du Capitaine Mornski, celui-ci semblait au cœur d’une vive discussion. Ses mains ornées de bracelets virevoltaient au fil de ses mots, rappelant les gestes d’un danseur bien plus que ceux d’un magicien. Minerva le trouvait décidément très étrange, et à en juger par les expressions plus ou moins circonspectes des autres mages de la tablée, elle n’était pas la seule. Si son sourire semblait mielleux et ses manières gracieuses, la jeune femme jura lire une extrême froideur dans ses yeux aux couleurs du grenat. 

« Ma dame ! »

Minerva sursauta.

« J-je… Veuillez m’excuser, que disiez-vous, messire… Albil ?  »

Elle s’efforça de reporter son attention sur les fanfaronnades de son interlocuteur. L’écuyer Albil ne parut pas s’offusquer de devoir reprendre son récit là où il s’était arrêté, remontant ses immenses lunettes sur son nez constellé de tâches de rousseur. Passer des traits exquisément acérés d’Amber pour ceux encore patauds du garçon lui coûta. 

« Je vous demandais donc si vous accepteriez que je sois votre escorte lors du bal que Sa Majesté dressera assurément à notre retour ? »

Minerva ne se souvint pas de ce qu’elle lui répondit ce jour-là. Peut-être pépia-t-elle quelque promesse absconse, tenta-t-elle de s’évader par un mot habile ? Quoi qu’il en soit, le jour du bal que tint effectivement le Roi Tracyis II, le fils du baron Albil ne figurait pas sur la liste des invités. 


Le deuxième jour ressembla fortement au premier. Une matinée embrumée et morose, mais qui ne survivait pas à la course du soleil. La température chutait peu à peu, mais l’expédition avait préparé une contre-mesure. Des sphères d’une vingtaine de centimètres environ avaient été extirpées du traîneau que les sherpas tractaient avec une étonnante efficacité. Minerva observa les mages les activer d’une incantation chantante, et les sphères commencèrent à s’élever paresseusement dans les airs. S’arrêtant à peine au-dessus de leurs têtes, les anneaux qui les enrobaient à la manière d’un astrolabe se mirent à tournoyer de plus en plus vite, faisant scintiller le cœur de ces curieuses machines. À la manière de soleils miniatures, les sphères les gracièrent d’une chaleur particulièrement réconfortante. 

Au troisième jour, la brume ne se leva jamais. Épaisse au point d’en être presque tangible, elle se mêlait aux nuages jusqu’à former une chappe infranchissable. Les sherpas avaient sorti de leur barda des cordes desquelles ils s’étaient entouré avant de faire de même avec chacun des membres de l’expédition. À présent, ils avançaient tous par groupes de cinq ou six, guidés par les soleils miniatures qui peinaient à illuminer à travers le brouillard.

Soudain, des hurlements. Déchirants de détresse, et pourtant tellement étouffés par le linceul de brume qu’ils lui semblèrent irréels. Sous les pieds d’un des soldats s’était effondrée la paroi rocheuse, emportant avec lui le reste de son groupe. En un instant, cinq membres venaient de disparaître. Une rumeur de panique se propagea à travers l’expédition, chacun s’entreregardant avec une inquiétude non feinte. Nul n’osait encore avancer d’un pas. Leur périple, tout à coup, venait de prendre une dimension bien plus âpre et sévère qu’ils ne l’imaginaient jusqu’alors. 

Après concertation avec les sherpas, et faisant face aux objections de ceux qui voulaient se détacher de leurs cordées, le capitaine décida de laisser le choix à chacun. Minerva n’hésita pas un seul instant. Quitte à devoir tomber, la jeune noble se refusait que cela soit à cause de quelqu’un d’autre qu’elle-même. Malgré sa bravade intérieure, Minerva sentait ses entrailles se nouer. Des personnes venaient de mourir, et elle ne savait même pas qui ils étaient. 

La cohorte se remit à avancer.


La silhouette d’Amber vint de dessiner dans les moutons cotonneux de la brume. La précédant d’abord de quelques mètres, puis d’à peine quelques pas. Il lui adressa un sourire fugace. Comment l’avait-il retrouvée dans cette purée de pois ? Était-ce un hasard, ou bien le fruit de sa magie ? Minerva était bien incapable de le dire. Pour autant, elle se sentit rassurée de voir son long profil lui ouvrir la voie. Après plusieurs minutes de grimpe à l’aveugle, ils débouchèrent sur une sorte de clairière de pierre. Bien que la brume les entourât toujours, elle semblait refuser de s’engouffrer dans cette alcôve à même la montagne. Lovée à flanc de pierre, elle attendait

Bientôt, d’autres personnes sortirent du brouillard. Certains seuls, d’autres en cordées complètes. Minerva reconnut les écuyers avec qui elle partageait ses repas, ainsi que l’évêque revêche. Les magiciens émergèrent en maugréant, suivis par des chevaliers à peine de meilleure humeur. Capitaine Moustache arriva dans les derniers, son bras soutenant un soldat au visage extrêmement pâle. À en juger par la courbure anormale de sa jambe, son tibia semblait brisé. Minerva crut apercevoir l’os au-dehors de la chair, et détourna vite le regard.

Après décompte, sept personnes manquaient à l’appel, et trois étaient trop blessés pour continuer. Gaëtan de Mornski tira sur son épaisse moustache, réfléchissant à la marche à suivre. Il distinguait à l’orée de cette clairière minérale les dernières marches qui les séparaient de leur destination. Levant les yeux vers le ciel, se dressait devant lui une masse de nuages plus épaisse que jamais. Il fronça les sourcils.

« On y va. »


Duveteuse et presque douce au toucher, la frontière nébuleuse l’avait accueillie avec tendresse. Minerva se retrouva coupée de toute sensation hormis celle de la pierre sous ses bottes. Le regard baigné dans le brouillard, ses doigts enserrant la lanière de son sac, elle se sentait étrangement apaisée. L’espace d’un instant, Minerva se crut de retour chez elle, emmitouflée dans une épaisse couverture une soirée d’hiver. Le corps somnolent et l’esprit rêveur. Aventurière oui, mais seulement de ses songes. Les cloques douloureuses de ses pieds qui la tançaient à chaque pas étaient les dernières sensations qui la reliaient encore à la réalité. 

La grisaille du brouillard laissait doucement place au blanc des nuages, mais Minerva ne s’en aperçut pas. Concentrée sur ses pas, sa respiration et le battement de son cœur, elle franchit le voile protecteur presque malgré elle. La lumière du soleil couchant frappa brutalement sa rétine. Et ses bottes foulèrent tout à coup l’herbe verte des Terres des Cimes. Involontairement, Minerva de Brasénie devint la première aventurière à arpenter ces lieux depuis des siècles.

Émerveillée par le paysage qui s’offrait à elle, l’écuyère sentit plus qu’elle ne vit le magicien se placer à ses côtés. 

« Merveilleux, n’est-ce pas ? 

– J-je ne trouve pas les mots. C’est… somptueux, fit Minerva d’une voix hachée. Il n’y a que de l’herbe, des fleurs et des arbres, et pourtant… Tout a l’air plus réel. Comme si je n’avais jusque-là vu que de pâles imitations de ce qui se trouve ici. »

Amber ne répondit rien, mais son sourire laissait deviner qu’il partageait l’opinion de la jeune fille. Il posa la main sur son épaule et se détourna du spectacle des blés sauvages marbrés par le soleil couchant. Le ton malicieux, il tendit son bâton vers la couronne de brume :

« Et si nous accueillions tes petits camarades ? Je doute qu’ils puissent résister encore longtemps. »

Minerva sembla revenir à la raison. Elle se rendit enfin compte en regardant autour d’elle que personne d’autre n’avait franchi le mur de nuages. Amber se mit à incanter dans la langue curieuse des prêtres et des mages. Minerva ne comprenait en rien leur sens, mais les mots prononcés par le magicien résonnèrent en elle. Elle sentit le vent se lever doucement, caressant tout d’abord l’herbe avant de glisser le long de ses vêtements. Ses cheveux vinrent balayer sa vue, et elle dut se protéger de la main. En face d’Amber, la brume se levait. Une rune se dessinait sous sa robe bariolée, son tracé magique s’insinuant dans les veines de la terre, remontant le long des racines des arbres environnant, réveillant la vie qui parcourait leur sève jusqu’à nimber les nervures de leurs feuilles. Les pierres les plus frêles se mirent à trembler et même à léviter dans les airs. La fille du duc de Brasénie avait déjà vu quelques mages à l’œuvre à la cour de son père, mais elle n’avait jamais assisté à un tel déferlement de puissance. À côté du sort qu’était en train d’incanter Amber, tout ce qu’elle avait vu auparavant n’était que jeux d’enfants.

Puis la magie reflua, emportant avec elle les dernières traces de la brume inhospitalière. Quelques nuages continuaient de paître paresseusement çà-et-là, souvenirs de l’épreuve qu’ils venaient de traverser. Les pupilles de Minerva se dilatèrent de surprise et d’émerveillement. Située à plus de trois kilomètres d’altitude, elle pouvait contempler l’entièreté d’Alphiria d’un seul coup d’œil. Depuis Fort-Albâtre au pied du plateau à Rémiens, la capitale du Royaume, où ses parents l’attendaient sûrement. Plus loin encore à l’Est, elle croyait distinguer les arêtes si particulières de la Vallée de l’Épée. Des gémissements la sortirent de sa transe, et elle reporta son attention sur le moment présent. Honteuse et presque rougissante, Minerva remarqua enfin les corps jonchant les marches qui menaient aux Terres des Cimes. Elle se mit à courir pour leur venir en aide. 


Contrairement à elle, ses compagnons semblaient avoir bien plus souffert de la traversée. Nombreux étaient ceux qui avaient sombré dans l’inconscience. Ils se tenaient là, hagards si ce n’est nauséeux. Certains rêvaient encore, en proie de toute évidence à des cauchemars qu’elle n’osait imaginer. Minerva et les quelques qui avaient réussi à traverser sans trop de séquelles s’évertuaient à donner de l’eau, une couverture ou encore à manger à ceux dans le besoin. Amber, quant à lui, contemplait la scène sans sourciller. Son bâton de bois noir planté au centre de la rune qu’il avait activée, il observait le soleil couchant comme à la recherche de quelque chose. 

Minerva avait tout d’abord été agacée par sa nonchalance, puis, remarquant l’expression si solennelle – et… presque triste ? – qu’Amber arborait, l’aventurière en herbe s’était ravisée. Elle s’était échinée à la place à remettre sur pied le capitaine Mornski, qui paraissait accuser le coup d’avoir dû traverser la brume en portant le soldat blessé sur son dos. Ce dernier, à ce propos, avait malheureusement rendu l’âme. Éprouvé par la perte de sang, sans doute, il affichait toutefois une mine apaisée, comme s’il était parti dans son sommeil. Minerva avait observé l’un des prêtres lui administrer une ultime prière avec un pincement au cœur. Elle se sentait mal pour cet homme dont elle ne savait rien. 

Une heure passa avant que la plupart de la troupe ne soit remis sur pied. Le soleil ne dessinait plus qu’un mince liseré sur l’horizon, laissant sa place petit à petit à un ciel étoilé. Minerva mangeait silencieusement, assise à même le sol. Elle scrutait la silhouette d’Amber qui se fondait dans la crépuscule, toujours immobile. 

Puis, au moment où la dernière lueur disparut derrière le Précipice, il bougea enfin. Croisant son regard, le magicien lui indiqua d’un signe de tête de le rejoindre. Arrivant à la hauteur du capitaine qu’Amber avait rejoint, Minerva constata avec stupeur qu’il semblait en train de faire ses adieux : 

« Comme promis, l’accès aux Cimes-Terres vous est désormais ouvert. Marquant la fin de ma mission ici.

– Vous repartez ? s’exclama l’évêque. M-mais vous voyez bien que la troupe a besoin de toute l’aide possible...

– Aide que je ne vous apporterai pas, l’interrompit Amber. La faveur que je devais a été payée à l’instant où j’ai levé le sceau. Chacun d’entre nous doit vivre l’aventure pour laquelle il est né. La mienne n’est pas de vous accompagner.

– Ce n’est p… » 

Capitaine Moustache posa sa main sur l’épaule de l’évêque, l’intimant de ne pas répondre.

« Je comprends, messire Ambrosius. Je vous remercie sincèrement, au nom de mes hommes et de moi-même, pour avoir sauvé nombre de leurs vies.

– Avec plaisir capitaine, acquiesça Amber. Puisse le sort vous être clément. »

Et sur ces mots, il salua. Se tournant vers une Minerva interdite, le magicien l’incita à la suivre jusqu’à la rune que son bâton crucifiait encore. Il ôta ce dernier de son socle de fortune, et s’empara de la pierre qui le sertissait. Noire d’une nuit sans lune, elle vibra doucement lorsque Amber la déposa au creux de sa main.

« Qu’est-ce que c’est ? demanda l’écuyère.

– Une clé. Un souvenir. Je ne sais pas moi-même, avoua Amber, sinon qu’elle te sera utile. Ne la perds surtout pas. 

– Vous ne pourriez pas être plus clair ? s’écria Minerva. Je ne comprends rien à ce qu’il se passe : qu’est-ce que c’est que ce sceau dont vous parliez ? Pourquoi certains étaient malades et d’autres non ? Comment se fait-il que moi j’aille bien ? J-je ne sais même pas ce qu’on fait là ! »

Le tremblement dans sa voix n’était pas feint. Épuisée, confuse, la jeune femme laissait exploser toute la frustration que la situation évoquait en elle. L’idée de devoir explorer ces terres sans le support de cet homme qui semblait tout savoir lui paraissait insurmontable. 

« N’étais-tu pas là pour vivre une aventure ? s’amusa en retour le magicien. Elle se trouve juste devant toi, épique, sentimentale, douloureuse mais surtout très belle. »

Alors que Minerva essayait furieusement de se souvenir d’un quelconque moment où elle lui avait confié rêver d’aventure, Amber tendit le bras en direction des collines qui barbotaient à l’horizon. On y distinguait des tâches d’un jaune bouton d’or qui s’hérissaient hors de cet océan de vert. 

« Si tu suis cette direction sans désespérer, tu parviendras là où ton destin t’attend. Profite, Minerva de Brasénie, profite comme si les jours ne revenaient pas. Car, tu sais, les jours ne reviennent effectivement pas. »

L’instant d’après, avant même que Minerva ne puisse répliquer quoi que ce soit, il avait disparu. Emporté par le vent ou par quelque tour dont il avait le secret, Amber le mage s’en était allé en soulevant plus d’interrogations qu’il n’avait apporté de réponses.

Ce soir-là, pour la première fois de son existence de fille de duc, Minerva se sentit très seule.




  


Extraits de bible


Voici également joints quelques exemples de concepts & indications à destination de ma collègue illustratrice et de l'éditeur lors de la confection de la mini-bible littéraire.


Personnages -

Ivi

Héroïne malgré elle - 17 - Cimes-Terres


Âge : 17 ans

Onomastique : “Ivy” le lierre + “Eve”. Le dernier humain des Terres des Cimes, auxquelles elle est liée tel le lierre de par son grand-père d’adoption. Mais aussi le premier, car à la fin de l’histoire, elle y retournera pour y ramener la vie. 

Caractère : Calme / Fidèle / Têtue / Drastique 

Taille/Silhouette : De taille moyenne haute (1m 68/70), à la carrure menue mais musclée. C’est la stature de quelqu’un qui vit au grand air, à s’activer manuellement en extérieur. Pas de formes féminines forcément apparentes.

Couleurs peau, cheveux, yeux : Cheveux blonds coupés courts et ébouriffés (mais cela pourra évoluer avec le temps et durant l’histoire), peau mate (= un doré comme un méditerranéen Italie/Grèce/Espagne, peut-être ?), yeux gris/verts/noisettes possibles.

Palette : À définir. Juste à retenir que bleu & gris = Alphiria, Viridis = or & émeraude, Ruvjina = rouge rubis et bois sombre. Les possibilités sont ouvertes, Ivi doit juste ne pas sembler appartenir à une des factions.

Signe distinctif, détail important : Elle possède une arme antique à mi-chemin entre le canon et la pistolame. Ivi la porte dans son dos.

Style des vêtements : Tenue de voyageur, pratiques et robustes. Chemise blanche, pantalon sable glissé dans des bottes/bottines retroussées. Il faut donner un côté intemporel et voyageur, car elle traverse ce monde sans y appartenir tout à fait.

Références : C’est en quelque sorte Mikazuki d’IBO x San de Princesse Mononoke.


Ivi est la dernière humaine née dans les Terres-Cimes, d’une mère qui est décédée en la mettant au monde. Si elle a hérité sa chevelure dorée de cette génitrice inconnue, sa peau plus basanée et sa musculature acérée témoignent d’un père à la stature moins frêle mais néanmoins disparu lui aussi. Recueillie par le vieux gardien du Phare, Chano,  cette petite fille a grandi au bord de cette falaise suspendue au-dessus de la mer, à regarder les habitants de son petit village dépérir un à un. Pourtant, même lorsque son grand-père d’adoption rendra son dernier souffle, Ivi ne restera pas seule. Car les esprits l’accompagnent. 

À jamais reconnaissante envers Chano, Ivi est une jeune femme poussée par un très fort sens du devoir. Garder le Phare est sa mission, et elle éprouve par la même occasion un attachement marqué pour Garde-Cime. C’est “chez elle”, et aucune solitude ne parvient à ternir ce sentiment. Alors bien entendu, quand la rencontre avec Minerva lui offrira une opportunité de partir explorer le monde, Ivi se fera une joie de s’en aller découvrir tant de nouvelles choses. Mais ça ne restera à jamais qu’une “aventure”, que de merveilleux souvenirs dans son esprit : à la fin, il s’agira de retourner au bord de cette falaise. Ce qu’elle fera. 

Son rôle de voyageur étranger au regard candide mais sagace est très précis. Alors que les autres personnages vont changer, se transformer, s’effondrer, mourir ou se reconstruire, Ivi va continuer d’avancer. Tissant des relations, évoluant par la même occasion au fil de ses découvertes, cependant sans que ses idéaux ou objectifs ne varient jamais. Ivi est “immuable” stricto sensu, car elle représente la porte-parole des esprits, des dieux venus juger le monde des hommes. Elle-même n’aspire qu’à un quotidien simple et à une vie d’humaine, mais elle n’aura de cesse d’avoir une responsabilité immense sur les épaules. Après tout, c’est la seule à pouvoir activer l’artefact (aka. le coeur de Dieu), et donc les Phares. Décidant ainsi du destin de Rheos. 


En terme d’évolution psychologique, c’est cette pression qui va la remuer et lui permettre de grandir :

- Tout d’abord détachée, curieuse de ce nouveau monde mais suffisamment déconnectée pour ne pas se sentir impliquée > Garde-Cime à Alphiria.

- Puis par le biais de son attachement grandissant pour Minerva, elle va s’intéresser sincèrement à ce qui l’entoure. Avec encore cependant la “naïveté” de quelqu’un qui ne se rend pas compte directement des choses > Alphiria à Arum-Viridis.

- À l’issue de leur première visite chaotique à Arum-Viridis et suite aux révélations qu’ils auront à Ruvjina, Ivi commencera à réellement se rendre compte de l’ampleur des événements, et pis encore, de la responsabilité qui reposent sur ses épaules. Là son caractère sera chamboulé, avec une montée de l’angoisse née de cette prise de conscience > Ruvjina. 

- Enfin, elle prendra sa décision d’allumer les Phares pour ramener les esprits sur Rheos. Acte en âme et conscience, lui permettra de retrouver sa quiétude première, quoique dorénavant dépourvue de naïveté.


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Liwu

Le Lynx-Paon - ??? - Cimes-Terres


Onomastique : Tiré de Liewus, une divinité dans mon jeu Alma qui ressemble à un lynx avec des ailes aux motifs de Paon (“Malek Taus” qui est l’Ange-Paon dans la religion yézidie + Lynx). Liwu est une version miniature de ce dernier en quelque sorte.


Liwu est un esprit de la forêt  qui, voyant qu’Ivi s’apprête à quitter les Cimes-Terres, décide de tisser un lien avec cette dernière afin de pouvoir l’accompagner dans son voyage. Il prend pour ce faire une enveloppe charnelle, celle d’un petit lynx ailé. Facétieux et extrêmement curieux, il incarne la naïveté qu’Ivi ressent mais ne sait pas convenablement exprimer. 

Très protecteur de cette dernière, il n’hésite pas à grogner en direction des personnes qui “exploite” la magie sans la respecter, indiquant à Ivi de se méfier. 

Royaume d’Alphiria  


Onomastique : "Alpha" + "Saphir"


Le Royaume d'Alphira n'a plus sa splendeur d'antan. En proie aux troubles internes et à la corruption depuis quelques générations, la famille royale n'est plus que l'ombre d'elle-même. Tracyis II, roi faible et malingre, a délégué peu à peu son pouvoir à ses plus proches conseillers, jusqu’à n’être plus que la marionnette des intérêts des uns et des autres. 

 Alphiria était pourtant autrefois une nation puissante sur laquelle il fallait compter. L’absence cependant de ressources autres que le bois et les denrées nourricières l’ont rendue extrêmement dépendantes en énergie magique auprès de Viridis, jusqu’à devenir sa vassale inavouée.


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Les Cimes-Terres / Terres des Cimes


Onomastique :  Les voyageurs pensent à tort que le toponyme se réfère à l'altitude des Cimes-Terres, alors que c'est l'usage qui a fait disparaître la lettre qui donnait au lieu tout son sens : le Cimetière (des Géants).


L'extrême Nord-Ouest d'Alphira est marqué par un immense plateau, accessible seulement par des chemins escarpés qu'aucune civilisation n'a jamais su amadouer. Appelée la Terre des Cimes, ou encore les Cimes-Terres, cette région bien plus en altitude que le reste est revenue aujourd'hui à l'état presque primaire. Quelques villages en ruine marquent le paysage, des champs au blé d'or venant tacheter le vert pâle des plaines et celui plus intense des forêts vierges.


Plus on grimpe dans les Cimes-Terres, plus la vie humaine se fait rare. Des ruines jonchent le sentier de chèvre qui sert de seule route, souvenirs d'un autre temps, et ce n'est qu'au bout d'un certain temps que les premiers squelettes se font voir. Les "Géants" des Cimes-Terres. D’abord vestiges au beau milieu d’un champ de bataille, puis silhouettes gigantesques et magnifiques se fondant dans la verdure environnante. 


On raconte que cette région, aussi magnifique soit-elle, se révélerait particulièrement terrifiante aux yeux de ceux qui viendraient la visiter armés de mauvaises intentions…


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Garde-cime (& son phare)


L'une des huits "fins du monde" (cf. Shiretoko) du monde des hommes, et la plus reculée d'entre toutes. Promontoire d'un plateau déjà en haute altitude, c'est un lieu marqué par un Phare à bord d'une falaise immense. Le nom de Garde-Cime a été par la suite donné au hameau flanquant le phare, mais il s’agit à l’origine bel et bien du nom du Phare. 


Bastion construit à une ère où les Géants parcouraient encore la terre, semant chaos et désolation sur leur passage, les huit Phares ont selon la croyance populaire la faculté de repousser ces dits Géants, et les empêcher de revenir dans le monde physique. La réalité en est toute autre : à l’inverse, les Phares ont été bâtis pour pouvoir un jour ramener les esprits sur terre. En allumant simultanément les huits shiretoko, les Géants trouveraient alors de nouveau le chemin. C’est le but qu’entretient Ambre. 


Garde-Cime quoi qu’il en soit est un modeste hameau fondé dans la cuvette située en contrebas du Phare. La dizaine de maisonnettes qui le constituent se sont pour la plupart écroulées, à l’exception d’une étable, de la maison de la “Tantine” décédée au début de l’histoire, et d’une sorte de grange qui sert à Ivi de réserve. Les champs sont entretenus autant que possible, et un petit potager pousse tant bien que mal près de la maison de Tantine. 


Le Phare quant à lui brille de sa pierre blanche et de son toit circulaire d’ardoise anthracite. Haut d’une trentaine de mètres et d’un diamètre de cinq, on aurait peine à croire que mille ans ont passé depuis sa construction. Pourtant, le squelette de Géant adossé paisiblement contre sa structure semble témoigner du contraire : après tout, le Phare lui a survécu. À lui, comme à son gardien Chano, dont la tombe gît non loin.



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