top of page
Fond Marbre_Estompe.jpg

Les Contes de la Fleur d'Équinoxe (2018 - 2020)

  • 24 juin
  • 37 min de lecture

Un projet de pilote d'animation commandité par Lou Jacquet & Flora Sellaye alors que nous étions tous trois étudiants à ISART Digital. Du world building à l'écriture du script, en passant bien entendu par l'intégralité de la bible, je concevais l'ensemble durant l'été 2018 pour leur proposer à la rentrée. Si le projet ne permettra pas d'aboutir à une animation et capotera dans l'ensemble comme bien des ambitions étudiantes extra-scolaires, nous participâmes néanmoins à deux conventions, la Jonetsu & la Japan Expo 2019, avec un dossier de pré-production, quelques illustrations et un light novel à la clé.


Asthar & Raien, les protagonistes de ce monde
Asthar & Raien, les protagonistes de ce monde

Dans un monde noyé sous les eaux, les humains ont fui à bord d'immenses vaisseaux volants, sillonnant les cieux à la recherche de mystérieux îlots de terre dissimulés par-delà les nuages. Ultimes lopins fertiles d'une planète qui les refuse, les cités-nefs qui se sont développés ont même pris pour habitude de les enchaîner et de les traîner derrière elles, comme témoins d'une humanité qui n'apprend jamais. 

Asthar, un apprenti mécanicien, voit sa jeune vie bouleversée alors qu'un beau jour un dragon s'écrase sur sa cité. Guidé par Raein, une étrange jeune femme aperçue de nombreuses fois dans ses rêves, Asthar se sentira inexplicablement attiré par la bête sacrée. Aidant le dragon mourant à vivre de dignes derniers instants, celui-ci le remerciera en le marquant d’un symbole brûlant. Une marque porteuse d'espoir qui l'entraînera dans une quête aux confins du monde, parsemé par monts, merveilles et pertes déchirantes. Voyage qui prendra rapidement les allures d’un aller simple... 



Extraits de la bible


Résumé "4ème de couverture"

“Dis, Asthar, est-ce que tu m’entends de là où tu es ?”


Un monde où les terres flottent dans les cieux par-delà des mers infinies. Où les vents règnent en maître, où la nature étincelle d’une beauté terrible. Où les Hommes ayant survécu ont construit d’immenses nefs capables d’accueillir des cités entières, tractant les ilots volant croisés au fil de leurs pérégrinations à l’aide de chaînes géantes. D'autres encore sillonnent les eaux à l’aide de radeaux s’imbriquant les uns aux autres, à moins qu'ils n'aient bâti sur une île massive, priant chaque jour pour que jamais cette dernière ne s’effondre. Qu’importe : la vie de tous ces Hommes a depuis ces temps anciens revêtu l’apparence d’un voyage à la destination incertaine. Soumis aux caprices d'îles à la dérive.


“Je suis désolé de ne pas avoir pu t’accompagner jusqu’au bout.”


Asthar était un jeune apprenti mécanicien vivant à l’orée de Baraban, une cité-nef en forme de coquille de noix. Peu loquace sinon taciturne, il apprenait auprès de son mentor Edog à entretenir le long des murailles du vaisseau les moulins à vent qui fournissaient à la ville son énergie. Et lorsque sa journée de labeur se terminait enfin, il aimait à se retrouver à observer ces pissenlits de bois et d’acier tournoyer, rejoint le plus souvent par son ami d’enfance Magorian, pipelette aux rêves grandiloquents. Une vie normale, sereine, qui changea du tout pour tout le jour où il aperçut une lueur dans le ciel. 


Une étoile griffue, blessée, tombant droit sur Baraban. Aux ailes trouées et à la gueule ensanglantée. La cité-nef chancela sous l’impact du dragon, les moteurs accusant le coup. La plupart des gens se mirent à fuir, et Asthar s’apprêtait à les imiter quand une main s’empara de la sienne. Une femme d’à peine quelques années son aînée, l’incarnat de ses yeux contrastant avec ses cheveux aux couleurs de la nuit. Raein, tel était son nom. Asthar le savait pour l’avoir vue déjà de nombreuses fois durant ses rêves. D’un sourire complice, elle l’entraîna à contre-courant de la foule, et étonnamment le garçon accepta son destin. Voilà un moment que les rêves lui avaient murmuré cet instant.

Magorian, quant à lui, hésita bien trop longtemps avant de le suivre. 


“Si seulement j’avais pris à ce moment-là ta main...”


Quelques braves s’étaient assemblés auprès de la créature à l’agonie. Les gardes l’arme au clair, les sourcils froncés mais le genou tremblant. Nul n’osait bouger. Entraîné par cette inconnue à la gaieté triste, Asthar s’avança jusqu’au chevet du dragon. Se saisissant d’un seau qu’il remplit auprès de la fontaine non loin, il abreuva la bête mourante. Recouvert par le sang de l’immense reptile, il persévéra. Guidé par la fille aux yeux rubis, il administrait ainsi l’extrême onction d’un dieu écailleux à l’agonie loin de ses terres. Dieu qui périt dans des bras bien trop étroits pour l’accueillir convenablement. 


Au dernier souffle, le corps du dragon s’embrasa et nimba l’enfant de lumière. Alors que les dernières flammes se consumaient, Magorian put observer avec soulagement son ami indemne. Il ne remarqua que trop tard le symbole qui avait dévoré la pommette d’Asthar. Symbole qui allait bientôt l’emmener dans une quête aux confins du monde. 


“J’aurais pu peut-être alors te sauver”


Les Contes de la Fleur d'Équinoxe - Script pilote (2018)


(Écrit & timé sur "A Child" de Sebastian Zawadski)


SQ1


1/ Le rêve | EXT. Jour - Prairie inconnue


Vision de l'océan qui défile. (1) Stries floues d'une côte proche. L'ombre d'une grande créature se projette en coup de vent sur les vagues.


1| RAEIN - "Autrefois, se dressaient au milieu des mers d'immenses continents...


Contre-plongée légère d'une femme de dos. Longs cheveux blonds, vêtue d'une robe blanche, les chevilles nues caressées par l'herbe. (2) Elle se protège du soleil de son bras. Un dragon file au-dessus d'elle.


2| RAEIN - "C'était bien... bien avant l'ère des dragons." (Pause)



2/ Réveil dans une maison silencieuse | INT. Aube - Maison d'Asthar


Asthar se réveille. Ses cheveux sont ébouriffés, sa chemise de nuit mal boutonnée. Il ne manifeste aucune réaction particulière face à ce rêve. (3) La voix résonne toujours dans sa tête.


3| RAEIN - "... Je me suis toujours demandée si ce sont eux qui ont forcé les hommes à se réfugier dans les cieux ?"


Asthar enfile un gilet, descend les escaliers en se frottant les yeux et, arrivé dans la cuisine qui constitue l'entier rez-de-chaussée, se coupe une tranche du pain brun qui occupe seul la table. Il s'habille en la mâchonnant.


Fin prêt, il passe sa veste suspendue à une patère, se saisit de sa sacoche. S'apprêtant à sortir, il se ravise et s'en retourne à l'évier faire couler un filet d'eau sur son doigt et se frotter les dents. Un vieux miroir rectangulaire reflète sa grimace et ses dents blanches. La porte claque.



3/ Le voyage dans l'aube | EXT. Aube - Bordures de Baraban


(1) Asthar traverse une prairie à l'herbe drue, simple silhouette se découpant dans la brume matinale. Ce qui semble être les restes d'un aqueduc sont plantés de part et d'autres de sa maison, telles des épées que des géants auraient plantées dans le sol. Au loin, on discerne à travers la brume l'orée d'une forêt.


1| RAEIN - "A moins qu'ils ne nous aient sauvés ? Qu'en penses-tu, très cher ?"


Son chemin l'amène d'îles flottantes en îles flottantes, le long d'un petit sentier. La brume se tamise de premières éclaircies. Loin en contrebas, une île semble s'émietter légèrement. De lourdes chaînes de métal sont tendues au-dessus de la mer de nuages.


Il discute avec une femme d'âge mûr au bord des champs, qui souriante, lui tend un panier recouvert d'un linge mais dont s'échappent tout de même quelques légumes. Il lui tend quelques pièces avant de repartir sur un dernier geste de la main.


Asthar arrive aux abords de l'île et s'engage dans des escaliers de métal rouillé. En haut, il trouve un système de monte-charge. Il y attache son panier, tire sur un filin. Un son de clochette retentit. Asthar regarde le panier monter le long de la coque marbré d'orange.


Avant de passer la porte qui perce sur Baraban, il se retourne et se dirige vers la rambarde de la plate-forme. Le soleil vient de percer à travers les nuages qui défilent paresseusement.


| RAEIN, éclatant de rire - "Oh, ça je ne sais pas. Tu m'en racontes de drôles. Je ne suis qu'une jeune fille tout à fait ordinaire ! (Pause)



4/ Le planeur & les flammes EXT. Matin - Bordures de Baraban


Il aperçoit un planeur virevolter dans le ciel. Deux silhouettes (Lola & Litchi) lui font de grands signes. Puis le planeur bifurque et s'éloigne vers les Gondolas, tâches scintillantes et colorées que l'on aperçoit au loin, à fleur de l'eau.


Vision d'un vaisseau qui tire à coups de canon. Bois qui explose, projetant des débris aux alentours. Vision des Gondolas qui flambent, de soldats se ruant sur des civils en fuite.


Asthar qui cille. Ses mains desserrent doucement la barre métallique du parapet. Il fait volte-face et rentre dans Baraban.


| RAEIN - "Tu vas être en retard."




SQ2


1/ Une entrée par la porte dérobée EXT. Matin - Traverses de Baraban


Sa silhouette traverse de longues passerelles suspendues à travers d'immenses mécanismes. Des pistons vrombissent, les engrenages claquent. Au détour d'une échelle, la machinerie laisse place à des murs de pierres et des pavés encadrés de petites rigoles. Asthar en remonte le courant.


Pan gauche vers droite, eye-shot, plan central. La caméra reste en bas et observe Asthar grimper à l'échelle. Légère rotation pour finir en contre-plongée.


Les ruelles sombres et humides s'ouvrent sur une placette verdoyante. Une fontaine murale à tête de lion rongée par la végétation crache un filet d'eau régulier. L'eau est claire, son glougloutement apaisant. De petites lanternes flottent paresseusement çà et là, baignant la place d'une lueur blanche pâle. Asthar contourne un banc, passe sous une arche à l'une des colonnades brisée et quitte la place. Comme lui, des premières silhouettes commencent à s'affairer.


Plan aérien. On l'aperçoit encadré par les deux rigoles. Il passe à côté d'une fontaine qui glougloute paisiblement. Quitte le cadre par la ruelle de droite.


Asthar passe une dernière ruelle frappée par le contrejour. Plan hauteur des jambes puis pan gauche vers droite pour suivre sa trajectoire. Le son de l'eau a été remplacé par un brouhaha étouffé, proche mais pas encore tout à fait là. De lourdes caisses ont été disposées contre le mur de droite. Un homme à la tenue de marin dort affalé sur la plus grande d'entre elles. Asthar, main sur son bord, marque un infime arrêt avant de s'engager dans la lumière.



2/ L'effervescence de ceux qui se lèvent tôt EXT. Matin - Allée du marché


Explosion de sons et de lumière. Des rires, des cris, des échanges parfois courtois, parfois moins. Asthar débarque dans la Grand'Avenue envahie par la foule. Il zigzague entre quelques passants pour se retrouver au milieu de la rue.


Des étals partout, des chalands, des marchands, des tavernes et des hommes-bêtes. Au beau milieu de cette rue inondée par le soleil, Asthar s'arrête un instant pour regarder autour de lui. L'air stupéfait, puis ravi, comme s'il n'avait pas vu ce spectacle depuis longtemps. Il esquisse un sourire et rejette son capuchon en arrière, dévoilant son visage à la lumière du jour. Il se met à fendre la foule.


A sa droite, un vieux marchand dont les pots sont présentés sur un tapis. Le jouxtant, un homme-lézard intéressé par les tissus d'une vendeuse intimidée. A gauche, un vendeur de petites pierres aux motifs étranges. Tout un tas de jeunes filles piaillent autour. Un peu plus loin, deux mères de famille imposantes reniflent des pyramides d'épices, leurs pattes animales posées sur les épaules de leurs progénitures respectives.


Nous nous trouvons à l'intérieur d'un restaurant. Sur le comptoir, des rôtisseries fument, ainsi qu'un gigantesque plat de riz. Asthar passe au second plan. Il avance d'un pas calme et régulier, l'attention dirigée droit devant lui. Au fond, dans une rue parallèle, une course-poursuite s'est lancée entre un gigantesque porc et une enfant renard.


La course-poursuite continue. On la distingue au travers des ruelles qui relient les deux avenues. Éventuellement, l'enfant renard s'infiltre par l'un de ces passages. Shozo déboule dans la Grand'Avenue, se faufile entre les passants. Elle arrive à la hauteur d'Asthar, qu'elle manque de heurter. (1) A peine a-t-il le temps de réagir qu'elle a déjà fui dans l'une des traverses attenantes.


1| SHOZO, brièvement - "Pardon !"


Les cris de l'homme-porc se font entendre derrière Asthar. Il jette un regard en arrière. On entend dans la voix de Gamina un éternel désespoir et pas moins d'essouflement. Asthar sourit, et se met à son tour à trotter jusqu'à sortir lui aussi de l'allée, à l'exact opposé du chemin emprunté par Shozo. Quelques mètres plus loin, la Grand'Avenue s'élargissait sur un carrefour meublé par les tables, les parasols et quelques chariots affairés.



3/ Une si belle ascension

EXT. Matin - Escaliers de la muraille de Baraban


Le chaos retombé, Asthar s'engage dans l'ascension d'une succession d'escaliers qui s'étendent à perte de vue. Son chemin est tantôt baigné dans l'ombre, tantôt dans la lumière. Le bruit du vent s'amplifie à chaque palier qu'il atteint. (1) Bientôt, une flopée de toits colorés se retrouve déployée dans son dos.


1| RAEIN, timide - "Dis, Asthar. Quand ce sera terminé, est-ce que tu reviendras me voir ?"


Asthar, pris dans ses propres pensées, répond à voix haute au "souvenir" de Raein. (2) Un passant, qui s'apprêtait à emprunter une traverse, l'entend et s'arrête, surpris de le voir parler tout seul. Asthar rougit d'embarras et s'engage précipitamment dans la prochaine volée d'escalier


2| ASTHAR - "J'essaierai. Je crois que j'essaierais toujours." 


Asthar débouche sur une nouvelle placette. (3) Plus menue que la précédente, la fontaine est encastrée dans une alcôve. Deux bancs l'accompagnent de part en part. Il distingue sur sa gauche, à moins d'une centaine de mètres les sommets de la Mairiliothèque. (4) Mais surtout, bien plus près, se trouve sur l'un des deux bancs Magorian, plongé dans sa lecture.


3| RAEIN - "...Même si c'est la fin du monde ? Idiot. (Elle rit.) 4| Ne fais pas de promesses que tu ne pourras pas tenir."


Magorian relève tout de même la tête à son arrivée. Il lui adresse un salut du menton, et souriant, lui indique de la main qu'il le verra plus tard. Asthar n'a pas stoppé sa route un seul instant, à peine un acquiescement signe d'une complicité partagée. Il s'engage dans un dernier escalier.


Son ascension touche au but. Asthar aperçoit déjà la lisière ocre des remparts. Il grimpe une dernière volée de marche, et se retrouve au sommet des murailles. Une bourrasque unique le frappe de plein fouet, bruissant dans les plis de ses vêtements. (5) Il s'appuie sur le parapet comme pour y résister, et se retourne pour contempler la cité qui maintenant se révèle entièrement à son regard.


Zoom-out. La silhouette de dos d'Asthar nous donne l'échelle, et comme lui, nous observons la cité-nef dans son ensemble. Le soleil nimbe la scène d'un halo presque éblouissant.

Apparition de l'écran-titre.


5| RAEIN - "Mais merci pour ce mensonge. Je le garderai précieusement."




SQ3


1/ Edog, le mentor "bourruveillant" INT. Matin - Bicoque d'Edog


Asthar est arrivé devant la porte d'une petite bicoque. Il s'apprête à toquer, mais avant même que ses doigts ne puissent heurter le bois, la porte s'ouvre. Il se retrouve face à un énorme homme-loup qui le surplombe de toute sa taille. Poil grisonnant, carrure imposante - bien que marquée par les années -, son oeil est intimidant ainsi perçu d'une hauteur d'enfant. Asthar recule d'un pas pour ne pas le gêner.


Sa gueule se déforme en un sourire. Toutes dentes dehors, ce qui semblait torve un instant auparavant s'est désormais métamorphosé en une affection et une joie de vivre certaines. Edog enfonce un casque tout à fait similaire au sien sur la tête d'Asthar et s'adresse à lui. (1) Il se met ensuite en marche.


1| EDOG, voix rauque - "Allez, pose-tes affaires à l'intérieur et viens me rejoindre. On a du pain sur la planche !"


Asthar s'empresse d'obéir. Il entre dans la bicoque et ressort presque aussitôt, débarrassé de sa pèlerine et de sa sacoche au profit d'un sac à dos nettement plus volumineux. On l'aperçoit trotter à la poursuite d'Edog le long de la muraille.



2/ Des rouages grippés INT/EXT. Matin - Moulin en panne


Ils sont au pied d'un moulin à l'arrêt. Tous deux semblent discuter de l'origine de la panne, à en croire le bras tendu d'Edog en direction des pales. Nous ne les entendons pas.


A l'intérieur du moulin. La structure est étroite, traversée en son centre par l'essieu du moulin. Autour de ce dernier se déploie un vieil escalier en colimaçon. Les marches sont biseautées par le temps, l'atmosphère est poussiéreuse. Edog, armé d'une pince-monseigneur, est à la lutte avec la plaque protégeant la machinerie centrale. Asthar quand à lui déploie l'arsenal d'outils que contenait son sac.


La plaque cède, révélant un amas de rouage. Edog se plonge dedans, son corps bien trop grand arquebouté dans une position inconfortable. Il farfouille gromelle, puis tend la patte, demandant une clé à molette. (1) Asthar la lui donne aussitôt.


1| EDOG - "Clé."


Cette même patte revient, le doigt tendu cette fois-ci vers le sommet du moulin. Asthar obtempère, fourrant lui-même une clé à sa ceinture avant de gravir les marches en cavalant. Il trébuche, (2)(3) mais continue bille en tête.


2| EDOG, avec bonhomie - "Fais gaffe fiston."                                                                          

3| ASTHAR - "Oui !"


Asthar est perché sur les pales du moulin. Il vérifie avec soin les cordages qui lient entre elles les tiges de bois des pales, reserrent quelques écrous sur les parties mécaniques. Son travail fin terminé, il se frotte le nez avec satisfaction. C'est un garçon le visage tartiné de cambouis qui s'écrie vers son mentor. (4) 


4| ASTHAR, criant - "Je viens de terminer ! On peut lancer ça quand vous vo-"


La structure se met à trembler. Déséquilibré, Asthar se cramponne à sa pale. C'est le moulin qui s'est mis en route, l'emportant avec lui. Asthar pousse un soupir. Sur son visage, une moue faussement dépitée. Sorti du moulin, un Edog hilare l'attend en contrebas, poings sur les hanches et sourire gamin. (5)


5| EDOG, très fier - "C'était quand je voulais, n'est-ce pas ?"



SQ 4


1/ Casse-dalle en famille INT. Midi - Bicoque d'Edog


Bicoque d'Edog. Murs de chaux blanche, parquets comme meubles sont de bois clair. Sur la table, un vase de grès à l'unique tulipe. L'âtre de la cheminée s'est presque éteint. Le soleil de quatorze heures filtre à peine à travers la fenêtre, plongeant la pièce dans une semi-pénombre agréable. La porte s'ouvre, et Asthar, les bras lourds du panier qu'on lui avait vu accrocher au monte-charge le matin, pénètre dans la bicoque.


Plan fixe, eye-level, depuis la fenêtre et tourné en direction de la porte.


Il dépose précautionneusement le panier sur la table, prenant bien soin de ne pas renverser le vase, puis se décharge de son gros sac dans un ouf de soulagement. C'est assis à même le sol, en train de se déchausser, qu'Edog le retrouve un instant plus tard.


Réutilisation du même plan, apparition & disparition d'Asthar au fur et à mesure qu'il s'active sur ses différentes tâches. Edog reste concentré sur sa cuisine. Ombre du soleil qui tourne légèrement alors que le temps passe.


Le grand loup se défait de ses propres affaires, puis ôte le casque qu'Asthar porte encore sur la tête pour le suspendre aux côtés du sien. Ses chaussures désormais bien alignées contre le mur, Asthar se dirige vers le panier, aussitôt arrêté par Edogar. (1) Le garçon regarde ses mains, puis comme honteux, se précipite dans l'atelier mitoyen.


1| EDOG - "T-t-tt (il fait claquer sa langue), pas question que tu touches à ma nourriture dans cet état. Va te débarbouiller fils, je m'en occupe."


Edog s'approche du panier, soulève le torchon qui en recouvrait le contenu. Il semble ravi par sa trouvaille, puis chantonnant, se rend près du fourneau qu'il allume. Rapidement, une marmite bouillotte joyeusement, Edog a sorti une planche sur laquelle il a commencé à désosser une volaille.


Asthar revient dans la pièce, il secoue encore ses mains, qui gouttent. Réhaussé par un petit marchepied, il vient remplacer son mentor à la découpe des légumes. Edog touille dans la marmite, puis s'en va remettre du bois dans l'âtre.


Accroupi avec son souffleur, il est encore et toujours rejoint par Asthar. Tous deux semblent échanger quelques mots, une plaisanterie. Edog s'en retourne aux fourneaux. Asthar reste quant à lui immobile quelques instants, comme frappé par une pensée soudaine. Les épaules ainsi rentrées, son corps n'a jamais paru autant celui d'un enfant. Il finit par se redresser. La marmite a laissé place à une poêle et à une théière sifflotant doucement.


Arrive sur ces entrefaites Magorian. Asthar s'échine alors à droite à gauche pour dresser la table tandis qu'Edog achève pour sa part de préparer le repas.


Il les salue d'un grand geste de la main, son manteau rouge s'en va rejoindre recouvrir ceux déjà suspendus au porte-manteau. Retroussant ses manches, Mago s'approche ensuite de la table et aide lui-même à placer les dernières assiettes. Puis il s'écarte pour laisser passer Edog et le grand plat contenant leur repas. Tous trois s'asseyent pour l'entamer.



2/ Une digestion animée INT. Midi - Bicoque d'Edog


Le repas touche à sa fin. Ne trônent sur la table que les restes d'un festin. Sont en train de terminer leurs assiettes Mago et Asthar. Edog prépare quant à lui les tasses pour le thé. (1) 


1| EDOG, jette-t-il dans son dos - "Comment ça se passe à la Mairiliothèque ?"


Mago s'essuie la bouche avec sa serviette, puis s'étire comme un chat. (2) Asthar, bouche pleine, avale péniblement sa bouchée avant d'intervenir.


2| MAGO - "Oh, nos vénérables croûtons du Conseil sont encore en train de débattre s'il faut oui ou non retirer les chaînes de l'île 27. (Il se tourne vers Asthar.) C'est celle un peu à l'est de chez toi, Asthar, la petite en contrebas."

3| ASTHAR - "Des agriculteurs y vivent toujours, je crois."


Une moue se dessine sur le visage de Mago. Il hausse les épaules d'un air fataliste. (4) Focus sur le visage de Mago. Comme saisi par sa propre pensée, Mago se tait un instant. Il regarde Asthar se lever et ramasser tranquillement son assiette. Le jeune érudit affiche un sourire mélancolique, et il murmure, presque dans sa barbe inexistante. (5)


4| MAGO - "C'est bien tout le problème. Elle menace de s'écrouler, mais eux s'y cramponnent désespérement. (Pause, puis il reprend doucement :) 5| Non pas que je ne puisse comprendre, tu me diras..."


Edog revient auprès d'eux. Ses mains sont chargées d'un grand plateau de bamboo sur lequel trônent la théière et trois tasses. Il dispose ces dernières sur la table tandis qu'Asthar enlève pour sa part les assiettes restantes. Remarquant Magorian perdu dans ses pensées et s'installant tranquillement, il décide d'une voix posée, de relancer la conversation par le biais d'un autre sujet. (6)


6| EDOG, posément - "J'ai entendu dire que vous prépariez un voyage pour Cité Sacrée ?"


Magorian relève la tête et tourne la tête vers lui. Il cille, comme surpris, puis répond en retrouvant aussitôt de sa nonchalance habituelle. (7) Edog, l'oreille attentive, s'occupe pendant ce temps de lui servir du thé. Mago le remercie, puis reprend. (8) Asthar quant à lui s'agite tout autour d'eux. Sa tasse fume paresseusement sur la table, mais le voilà occupé à soigneusement la débarrasser.


7| MAGO, sortant de sa bulle - "Oh. Euh.., c'est en bonne voie, oui ! Voilà bientôt dix ans... (S'interrompant en voyant Edog le servir) 8| ...oh merci ! - dix ans donc qu'ils ont passé commande chez nous ? Oban voudrait profiter de la livraison pour "renforcer nos relations""


Cette anecdote fait rire Edog, qui secoue la tête. La question qu'il pose à Mago reste néanmoins teintée de sérieux. (9) On ne peut pas tout à fait en dire autant de Mago, qui, acide, balaye l'air de la main. (10)


9| EDOG, riant - "Ce vieux briscard ne changera jamais ! Je suppose qu'il ne fera pas le voyage lui-même ?" 10| MAGO - "Non, bien sûûûr. C'est le vice-maire qui s'en occupera, et pour une fois, le destin a bien voulu ouvrir la porte dorée de ma cage : j'ai reçu la demande officielle du Conseil ce matin, je partirai avec eux."


Mais Edog n'est pas dupe. Alors que le silence est retombé pendant quelques secondes, un sourire affectueux fend tendrement la gueule de l'homme-loup. Il a immédiatement saisi ce qui se cachait derrière l'ironie de Magorian. L'air de rien, il le sonde d'une dernière question. (11) On aperçoit Asthar qui vient de terminer le rangement. Les assiettes, couverts et verres ont été méticuleusement empilés au bord de l'évier. Cela attendra visiblement, car le voilà qui, s'emparant de la tasse que lui tend Edog, se dirige vers la fenêtre.


11| EDOG - "C'est la première fois que tu quitteras Baraban, n'est-ce pas ?"


Bras croisés derrière la nuque, chaise en équilibre sur ses deux pieds arrières, Mago jette un regard en coin à Edog. (12)


12| MAGO, tirant légèrement la langue - "Eh oui ! Quelle plaie, hein ?"


Le sourire d'Edog s'agrandit encore. Reposant sa tasse, il lance une patte bourrue en direction du jeune érudit et s'en va l'ébouriffer. (13) Et Mago de rejeter sa main du mieux qu'il peut. Mais il est en déséquilibre, et ne peut principalement que subir. On le voit grommeler et rouspéter, râleur mais probablement touché par le geste du vieux loup. Edog ne peut s'empêcher d'en rajouter une couche. (14)  


13| EDOG - "Félicitations Magorian. Je sais à quel point tu as travaillé dur pour que cette chance te soit offerte.." 14| (Reprenant malicieusement) - "J'espère en tout cas que tu ne nous oublieras pas quand tu seras parti."


Voyant une fenêtre pour se dégager, Magorian parvient à sortir de l'étreinte d'Edog. Il le repousse d'une main dans la figure, et réplique du tac au tac à la provocation du loup. (15) Cela ne fait que renforcer l'hilarité de ce dernier, qui prend un air mystérieux. (16), et ne peut que s'amuser de plus belle face à la réaction complice de Magorian. (17)


15| MAGO - "Hé papy, ce n'est qu'une question de quelques semaines. Je serai de retour avant même que tu ne t'en aperçoives !"


16| EDOG, tragique - "On ne sait jamais ce que nous réserve ce monde sans carte. Ni les femmes de Cité Sacrée d'ailleurs... !"


17| MAGO, surpris mais soudainement très intéressé - "Hein, qu-quoi ? Raconte-moi tout ça, grand loup !"



3/ La prémonition INT. Midi - Bicoque d'Edog


Alors que tous deux continuent de se chamailler dans l'arrière-plan, Asthar regarde par la fenêtre. Les yeux rivés sur les nuages, il semble à la recherche de quelque chose. Très vite, le ciel semble changer de couleur. Violacé, noirâtre à la manière d'un négatif, puis rougeoyant. Le son d'une voix très lointaine se fait entendre (1), étouffée par la distance. La paix de ce début d'après-midi laisse place à la menace d'un climat étrange. Derrière l'épais rideau du nuage qu'il fixait, on peut distinguer une sorte de traînée lumineuse. Puis la voix se fait plus distincte, elle le sort de sa torpeur. (2)


1| MAGO - "Hey la prochaine fois tu viendras avec moi, hein Asthar ?! (Bien plus fort) 2| "Asthar !!"


C'est Mago qui l'interpelle. Se retournant, Asthar s'excuse pour son absence et lui demande de répéter. (3) Mago s'exécute, Asthar penche la tête de côté puis sourit en retour. (4) (5)


3| ASTHAR - "Pardon ! J'étais..."


4| MAGO, affable - "La prochaine fois, tu viendras avec moi, n'est-ce pas ?"


5| ASTHAR, souriant - "Oh.. oui, bien sûr."



SQ5


1/ Le dernier quotidien d'un Baraban en paix

INT/EXT. Fin d'après-midi - Divers lieux


Séquence time-lapse sans dialogues. La musique "noie" le SD la majeure partie du temps.



Murailles de Baraban


Edog qui referme la porte de la bicoque. Tous les trois, de nouveau en tenue, se séparent sur un grand geste d'adieu. Magorian descend les escaliers, tandis qu'Edog & Asthar reprennent leur chemin sur la muraille.


Asthar harnaché dans le vide. Suspendu au flanc de la muraille de métal, un tournevis coincé entre les crocs, il frappe à coups de marteau sur l'une des plaques de la coque. Plus haut, Edog qui les mains en cône, lui hèle des instructions. Il finit par le hisser.


Abords de la Mairiliothèque


Magorian qui rentre par les étages supérieurs de la Mairiliothèque et débarque dans un bureau en désordre. Les bibliothèques sont pleines à craquer, des piles de livre dégueulent même sur le sol. Le vice-maire, qui l'attend, lui tend une pile de dossiers. Mago soupire, s'en va à son bureau. Tournant la tête vers sa gauche, il aperçoit Oban. Ce vieil irresponsable est face à une pile similaire à la sienne. Il lui fait un clin d'oeil, ses doigts le signe de la victoire. Soupir amusé de Mago, tous deux se mettent à travailler.


Non loin, au pied du porche séparant la caserne de la Mairiliothèque, Coriandre est en pleine discussion avec Gamina. Ou plutôt il la subit. On l'aperçoit se gratter la tempe, on devine son rire gêné. Le grand-homme porc, de dos, s'agite furieusement. En arrière-plan, la garde est en plein entraînement.


Traverses de Baraban


Shozo, dans l'ombre des traverses, est perchée au sommet d'une caisse. Elle mord dans une pomme avec la satisfaction des vainqueurs. A ses pieds, des gamins qui, assis à même le sol, dévorent leurs fruits goulûment. La silhouette indistincte de Voyageur passe dans le fond, éclairé par le soleil.


Son oreille s'agite, Shozo relève la tête intriguée. Coincée entre les deux murs sombres de la traverse, scintillante dans le ciel bleu de l'après-midi, un oiseau marin vient de filer au-dessus de leurs têtes. L'oiseau survole la cité, laissant apparaître dans le ciel la traînée dont a rêvé Asthar, avant de virer de bord.

Gondolas


Transition sur planeur qui approche des Gondolas. Il se pose, choit contre les planches des quais. Mama, à l'entrée de sa tente digne d'un pacha, semble en négociation avec quelques marchands. Courent dans leurs pattes deux insupportables gamins, Lola & Litchi. Agacée, Mama finit par attraper Litchi par le col. Sa queue s'hérisse. Dans un horizon où la traînée est sans cesse plus apparente, de gros vaisseaux voguent paresseusement en direction de Baraban.


Bordures de Baraban


Retour aux champs, l'après-midi se termine peu à peu. Agatha, dans sa tenue débraillée de civil, aide une vieille femme à cultiver ses champs. Le Lorem Ipsum flotte paresseusement un peu plus loin. Sur les îles alentours, d'autres militaires ont l'air d'aider au travail de la terre. Agatha s'appuie sur sa houe et essuie la sueur qui lui coule sur le front. Un grondement fait alors trembler le sol. Transmis par les chaînes, à l'endroit où elle aurait pu apercevoir la traînée, c'est un bout de l'île qui se trouve au-dessus d'eux qui est en train de s'écrouler.


Murailles de Baraban


Le ciel est maintenant orange. Asthar, de nouveau dans ses habits du matin, vient de faire ses aurevoirs à Edog. Mains dans les poches, il marche tranquillement le long des murailles, pas pressé de rejoindre le brouhaha du coeur de Baraban. De grandes enjambées pour sa petite taille, exagérément lentes, il ne semble pas non plus vouloir parcourir une quelconque distance. Arrivé à l'abord du moulin qu'ils ont réparé plus tôt, il s'arrête et regarde le ciel. Nulle trace de la traînée, rien que cette couleur du ciel qui n'apparaît qu'à l'heure entre chiens et loups.


2/ Et tout à coup, Raein fut EXT. Crépuscule - Murailles de Baraban


Soudain, le bruit d'une tuile qui éclate le fait se retourner. Perchée sur le toit le plus proche des sommets de la muraille, une jeune fille qui vient de trébucher. Leurs regards se croisent. Dégingandée, elle reprend son équilibre avec une grimace embarrassée. Puis elle semble retrouver de l'aplomb, car sa maladresse disparaît tout à coup pour une adresse féline. Elle grimpe sans efforts jusqu'à l'arête du toit, puis bondit lestement sur les murailles. Ils se font face, elle est plus grande que lui. Une sorte de moue fière lui dessine de visage. Elle s'apprête à parler. (1) (2) 


1| RAEIN, cherchant ses mots - "Enchantée ! Moi c'est Raein. Et euh, je vais avoir bes..." 2| ASTHAR, calmement - "Je sais. Je suis prêt à t'accompagner."


Raein s'interrompt, le doigt levé, comme si elle venait d'être frappée par la foudre. Puis un sourire naît sur sur ses lèvres. Il grandit, grandit, carnassier et égrillard. Mains dans le dos, elle recule d'un pas dansant. Les rayons de soleil du soir frappent dans sa longue crinière. Toujours cette même expression sur le visage, elle lui tend alors la main. (3) Il hésite une seconde, ses doigts tremblent. Attrape sa main. Et ce sont deux jeunes gens qui quittent la muraille par ce même toit à la tuile brisée. Au-dessus d'eux, la traînée a désormais pris la forme d'une sphère.


3| RAEIN, d'un beau sourire - "Alors... en avant !"


Les deux adolescents dévalent escalier après escalier. Le souffle court, les joues rougies par son coeur trépidant, Asthar ne voit pas au détour d'un virage Magorian qui s'apprêtait à remonter dans sa direction. Le visage frappé par la surprise, sa main tendue reste vainement en l'air alors qu'il aperçoit Asthar poursuivre sa course effrénée.



SQ6


1/ La folle poursuite EXT. Crépuscule - Escaliers de la muraille de Baraban


Ils courent vers le coeur de la cité. Raein continue de passer de toit en toit avec une aisance folle tandis qu'Asthar essaye de la poursuivre du mieux qu'il peut. Raein, un regard vers lui, lui pose une question à la volée. (1) Lui, haletant, dévale les marches deux à deux. (2) Son coeur palpite, mais il ignore si c'est à cause de la course ou de l'excitation.


1| RAEIN - "Comment savais-tu que je viendrais ? "    2| ASTHAR - "J'en ai rêvé !"


Sa réponse fait particulièrement plaisir à Raein, qui, passant par une petite passerelle tendue entre le toit de deux maisons, l'incite à en dire plus. (3) Asthar secoue la tête, (4) puis regarde à sa gauche la jeune fille cavaler sur le toit. Lui faisant face, la fameuse étoile.


3| RAEIN, intriguée - "Rêvé ? Comment ça ?"   4| ASTHAR, le souffle court - "Je ne sais pas moi-même ! Mais je savais que tu allais te présenter devant moi. Toi, et cette drôle d'étoile."


(5) La voilà qui passe de sa gauche à sa droite grâce à une arche construite entre deux maisons. (6) Raein bondit sur une petite terrasse, descend quelques marches et se retrouve à ses côtés. (7) Elle lui sourit, puis attrapant son poignet, l'attire dans une rue transversale. (8)


5| RAEIN, éclatant de rire - "Tu as conscience que l'aventure qui nous attend ne sera pas des plus joyeuses, au moins ?"

6| ASTHAR - "J-je... Oui. Est-ce que j'ai ne serait-ce que le choix ?"                                                         

7| RAEIN, joyeusement - "On a toujours le choix, Asthar, on l'a toujours !" 8| "Par là !!"



2/ L'étoile filante aux ailes crochues EXT. Crépuscule - Grand'Avenue de Baraban


Ils fendent la foule. D'abord immobile, le nez levé vers cet étrange phénomène qui embrase le ciel. Puis, alors que Raein l'entraîne toujours à travers la Grand'Avenue, cette même foule se met en marche. Pressée, inquiète, et enfin paniquée, ils remontent le courant d'une foule qui souhaite s'éloigner.


Ils ralentissent. Raein et Asthar viennent d'arriver. La place est étroite, rencognée par les bâtiments aux étages tous plus imposants les uns que les autres. Surplombant la scène, nous regardons les deux enfants contempler le ciel. Quelques personnes braves les accompagnent. Bouche ouverte, leurs yeux n'osant ciller.


C'est un dragon qui s'abat sur eux. Rongé par d'étranges flammes sans fumée, les écailles embrasées et se détâchant de sa carapace, ce qui avait l'air féroce prend très vite l'allure d'une déchéance. Le dragon n'est pas en train d'attaquer la ville. Il tombe.



SQ7


1/ L'agonie d'un dieu EXT. Crépuscule - (Future) Place de la Chute


Grand fracas. La fumée, d'abord dense, se dissipe. Détruisant plusieurs maisons dans sa chute, le dragon s'est écrasé contre les pavés. Les témoins de cet étrange spectacle se relèvent péniblement, sonnés pour la plupart. Ils observent le dragon avec crainte. Ce dernier, la gueule ensanglantée, gémit, grogne, pousse un long hurlement. Du sang ruisselle d'entre ses écailles. Ils reculent tous d'un pas. Aucun n'ose fuir. On lit un certain respect au coeur de leur peur.


Le dragon hurle à nouveau. Asthar est coincé au milieu de cette foule aux allures de troupeau. Il regarde tout autour de lui, à la recherche de Raein. Il ne l'aperçoit pas. Puis soudain, il se sent poussé dans le dos. C'est Raein, qui d'un murmure à l'oreille, vient de le projeter au centre de la place.


| RAEIN - "Bonne chance Asthar."


Le silence est absolu. La stupéfaction a éteint toute voix dans la gorge des habitants. Le dragon Aegelion déplie difficilement le cou et contemple ce garçon qui se dresse devant lui. Sans animosité, simplement dans l'attente de son prochain mouvement.


Asthar, encore une fois, regarde tout autour de lui. Étrangement, son coeur a cessé de battre la chamade. Son expression n'affiche aucune peur, rien qu'une concentration intense. Ses yeux fouillent à gauche, à droite, dans les décombres. Il paraît satisfait.


Calmement, il se dirige vers une maison aux murs à moitié écroulés. Il extirpe péniblement une grande louche de bois, puis avec l'aide de Raein, un seau. Le son des pierres qui roulent est étouffé, comme si la nature elle-même n'osait pas faire de bruit. On n'aperçoit plus réellement le ciel, l'orangé du soir a laissé place à une brume grisâtre. Asthar contourne le dieu effondré et se dirige vers la fontaine qui, bien qu'au rebord brisé, continue de couler. Il remplit le seau sous le regard du dragon.



2/ Le leg du dragon EXT. Crépuscule - Place de la Chute


Le seau rempli, le garçon revient à son chevet. Raein, qui l'accompagne, s'agenouille à ses côtés et avec une sorte de tendresse maternelle, lui montre comment procéder. Asthar, la main crispée, se met à l'aide de la louche à verser de l'eau dans la gueule du dragon. Le dieu avale péniblement, il halète. Tousse. Le sang a commencé à engorger ses poumons. Des gouttes rouges viennent éclabousser Asthar, qui persévère. Une fois, deux fois. Il continue d'abreuver le dragon qui, le regard rivé sur lui, le laisse faire.


Éventuellement, le seau se vide. Le claquement de la louche contre le bois du seau résonne. Le dragon Aegelion tend alors le cou, posant sa tête contre le torse d'Asthar. Raein recule d'un pas pour le laisser faire. Sur ses lèvres, un sourire étroit, triste et bon à la fois. (Elle se détourne.) La main du garçon vient toucher les écailles du dragon. Qui ferme alors les yeux. Ses écailles s'illuminent alors qu'il rend son dernier souffle.



3/ Retour à une (nouvelle) réalité EXT. Crépuscule - Place de la Chute


Le son a repris ses droits. Des bruits de course se font entendre derrière eux. Les barabaners, guidés par Coriandre et un Magorian affolé, font irruption dans la place. Ils fendent la foule précipitamment, leurs baïonnettes au clair.


| MAGO, criant - "Asthar !!"


Mais alors qu'ils arrivent prêt à en découdre, ne leur fait plus que face ce jeune garçon. Asthar se retourne vers eux. Dans son dos, le dragon qui termine de se consumer. Alors que les dernières volutes enflammées se dissipent, une marque commence à doucement se dessiner sur la joue de l'enfant. Asthar sourit à Mago.


| ASTHAR - "Ne t'en fais pas. C'est terminé maintenant."


Alors que Mago s'élance vers Asthar, le scène se clôt sur un plan sans la moindre trace d'une jeune fille nommée Raein.



Line-up (2020)
Line-up de 2020
Illustration de Baraban réalisée pour la Japan Expo 2019
Illustration de Baraban réalisée pour la Japan Expo 2019

Exemples de concepts écrits à l'occasion du pilote en 2018/2019.



ASTHAR

"The Vagabond" - 13


Asthar n'a jamais été très bavard. Aussi habitué au silence qu'à la compagnie des autres, c'est un enfant qui ne semble jamais inquiet. Vivant seul en bordure de Baraban dans l'étrange masure de ses ancêtres, il répète en effet chaque jour la même routine qui le mène quelques heures plus tard sur les murailles de la nef, auprès de son patron et mentor, Edog. Ensemble, ils prennent soin des moulins à vent de Baraban. Un travail minutieux mais qui l'apaise.

Plutôt casse-cou malgré son apparente timidité, Asthar est quelqu'un qui a toujours un léger sourire flottant. On l'aperçoit souvent perché au sommet des moulins, attendant que Magorian ait fini sa journée avant de partir faire les quatre cent coups.


Il serait difficile d'ailleurs de parler d'Asthar sans parler de Magorian. Son aîné d'un an a toujours été son modèle, et le seul qu'il ait réellement considéré comme un frère. Comme une famille.


La chute du Dragon et l'arrivée de Raien vont petit à petit chambouler sa vision du monde. Si jusque-là Asthar pensait qu'il suffisait de rester (fidèle à) soi-même pour que rien ne change, l'exubérance de la jeune fille et les menaces qui planent désormais sur Baraban vont l'amener à comprendre que ce n'est pas en restant passif qu'il protègera ce qui lui est cher. Marqué en outre par ces visions récurrentes, il va être de nombreuses fois confronté à cette question : qu'est-ce qui est réel ? Ce qu'il "voit" peut-il ou va-t-il se produire ? Est-il fou ?


En ce qui concerne Asthar, il n’y a pas à proprement de contrainte. Il doit juste avoir l’air d’un enfant, et surtout de quelqu’un de bon. Pas benêt pour autant, d’autant plus qu’on ne lit pas forcément facilement ses expressions (excepté le dit sourire), mais ce n’est pas un personnage dont le spectateur doit se méfier en mode “où est sa part d’ombre” ? Il en a une, mais elle ne doit pas être suggérée par son chara. Il possède par ailleurs une marque au niveau du visage, dû à sa rencontre avec le Dragon. Cette sorte de cicatrice devra être en lien avec le tatouage de Raein.


PART 2


Un des grands twists de l'histoire porte sur le fait que depuis le début, seul Asthar voyait Raein. Tout ce qu'il lui racontait, toutes les interactions qu'ils avaient, le monde extérieur ne constatait qu'un peu plus la folie grandissante d'Asthar.

Asthar va être très touché par le fait qu'on remette en doute son intégrité. Bien qu’il ait compris être le seul à voir Raein n’y change rien. Être considéré comme un illuminé quand lui même sait être de la meilleure foi va l'affecter profondément, et même provoquer à un certain moment une certaine distance vis-à-vis de Raein. Cependant à constater la tristesse que son propre comportement va provoquer chez la sorcière, il va comprendre que ce n'est pas la solution, et qu'il va juste pénaliser quelqu'un qui n'y est pour rien. 


Alors petit à petit, il va accepter quelque chose qu'il reniait jusque-là : il va accepter l'idée d'être blessé, meurtri et vexé. Et quitte à être illuminé, il va décider d'être auprès de Raein, de ses amis, de Baraban toute entière, et ce le plus possible. Jusqu'au bout. 

Et c'est principalement ça qui va l'amener à entreprendre de plus en plus, cette envie enfin de rester aux côtés de quelqu'un. Ce faisant, le calme Asthar qui ne jurait que par la paix va connaître la colère. Né d'une frustration contre la fatalité qu'il sait et devine chaque jour un peu plus. 


Car Asthar sait qu'il va perdre Raein. Il l'a compris en même temps qu'il a compris l'attirance qu'il éprouvait pour elle, qu'il passait de l'enfant à l'adolescent. Alors lui qui jusque-là se contentait d'observer le temps décide de se mettre à courir à sa poursuite. De manière à accompagner Raein jusqu'à la fin, tout en continuant de vivre et de tracer des plans sur la comète avec ceux qui resteront à ses côtés. 

Une fois Raein perdue, Asthar va recommencer à observer le temps. D'une manière plus triste, mais se refusant au cynisme, il ne retombera pas dans la passivité qu'il avait enfant. Il marche désormais le long du cours du temps. Désormais pleinement impliqué dans la quête de Terres Perdues, et grâce à Dékael qui lui apprendra les ficelles, en la personne d'Asthar va se dégager une figure de leader. Non plus l'illuminé que l'on suivait en dépit des doutes, mais quelqu'un avec qui l'on veut justement partager un bout de "son" temps. 


Le chara d'Asthar doit retranscrire cet aspect libéré par les émotions. Plus fragile mais aussi plus confiant. Le regard qui demeure à contempler devant lui, mais plus marqué par le doute et la peur. Asthar ne souhaite pas plus mourir qu'un autre, mais il sait désormais que son voyage est un aller simple pour Forlorn, la Terre des Dragons. Il y retrouvera Raein, mais il perdra tout le reste. Sa manière de se tenir & d'agir doit retranscrire cette force tremblante mais résolue.



RAEIN -"The Smiling Witch" - 15?


On ne sait pas grand-chose d'elle. On ne sait pas quoi faire d'elle non plus. Apparue de nulle part le jour de la chute du Dragon, elle semble bien trop au fait des mystères qui s'abattent sur Baraban. Pourtant personne ne semble perturbé par sa présence. Magie ? Sombres pouvoirs ?


Joyeuse et cynique, Raien n'a de cesse de voler dans les plumes d'Asthar, le taquinant avec un plaisir manifeste. Grosse mangeuse, elle se soucie extrêmement de son apparence et de ses longs cheveux, même si elle aime les tenues amples et faussement négligées. Particulièrement friande de sensations, elle disparaît souvent du regard d'Asthar pour partir en exploration ça et là, réapparaissant avec la même spontanéité. Pleine de férocité, elle prétend pourtant que son nom signifie "Jour de Pluie" dans sa langue natale.


Un étrange tatouage serpente le long de son dos. D'un noir profond, on peut l'apercevoir parfois au travers de certains de ses vêtements.


Parfaitement consciente de sa propre condition, et au-delà de son côté bravache, ce n’est pourtant pas une sorcière sans crainte. Parfois le courage lui manque, et c’est alors justement dans ces moments-là que son sourire devient le plus grand. Tels des crocs qui lui serviraient à déchirer sa propre peur. 


Pour Raein, il s’agirait de trouver un compromis entre la jeune fille sauvage et en même temps très “lady”. Il faudrait la penser aussi bien capable de s’habiller en fringues de mec que de porter une robe élégante. C’est un personnage très aérien, et en même temps l’esprit ancré sur terre. Je ne suis pas contre éventuellement un côté un peu goth si besoin. Niveau caractéristiques physiques, excepté son tatouage qui lui mange le dos et ses cheveux longs, je n’ai pas de contrainte. Elle doit tout de même paraître un peu plus âgée qu’Asthar, c’est important. 


PART 2


Raein n'existe pas. Ou plutôt devrions-nous dire qu'elle n'aurait jamais dû exister. Malgré l'apparence de son tatouage, Raein n'est pas une fille des Dragons comme peuvent l'être ceux de Forlorn. Elle est originaire des Terres Perdues, la terre des dieux, et n'est donc en réalité ni une sorcière ni une jeune fille en pleine croissance.


Raein est un membre de cette tribu gardienne de la frontière entre le monde des vivants du domaine des dieux, et en cela pas mieux qu'un esprit. Avant leur arrivée à Forlorn, seuls trois personnes pourront l'apercevoir : Asthar bien sûr, ce qui lui causera d'ailleurs d'être considéré comme un fou illuminé par ceux incapables de voir cette "Raein", la jalouse Sui et sans grande surprise Voyageur. Et bien qu'indépendante à l'extrême, c'est quelque chose qui la fera par moments se sentir seule.


Et c'est là d'ailleurs où elle éprouvera une extrême reconnaissance envers Asthar. En plus de discuter et lui passer le moindre de ses caprices, il sera celui qui lui offrira un nid.


Finalement, on ne saura pas grand-chose de ses motivations. Pas plus de ce qui l'a poussée à choisir Asthar en particulier. Elle l'a "senti", dit-elle. Peut-être était-ce grâce à sa descendance si particulière. Peut-être était-ce sur un coup de tête. Avec Raein, on ne sait jamais.


Voulait-elle sauver le monde ? Ce n'est pas si certain. Mais ce qui était sûr, c'est qu'elle voulait rester aux côtés de ce garçon.


Toujours est-il que Raein savait pertinemment ce qu'il adviendrait d'elle en quittant Terres Perdues. Les esprits ne sont pas faits pour arpenter le monde des vivants, fussent-ils animés des meilleures intentions, et sont voués à se dissiper comme un mauvais rêve. Mais, détestant rester pieds et poings liés à s'ennuyer sur son bout de terre, Raein a accepté l'idée de disparaître peu à peu au profit d'une vie plus emplie et intense. C'est avant tout quelqu'un qui adore déchirer les choses à pleines dents, et ce même si elle en finit blessée elle aussi.


Et la vie à Baraban, avec tous ses gens, vaut bien la peine de saigner. Là où Asthar sera consumé par la tristesse de cette fin qui se rapproche, Raein continuera de sourire violemment. Tout compte fait, si le nom de Raein évoque la pluie, qu'elle soit bruine ou pluie battante, c'est une eau qui n'aura jamais vraiment eu de cesse d'être brûlante.



BARABAN 


La cité-vaisseau principale de l’histoire. Répondant au nom de Baraban (“pissenlit” en parler lyonnais) en raison de ces nombreux moulins qui piquettent la muraille protectrice de la cité, elle est aussi connue sous le nom de la “Cité du Vent”. 

En effet, sa construction en cratère de volcan permet aux courants aériens de s’engouffrer à l’intérieur de la ville, rasant les toits à la manière d’oiseaux marins et alimentant par la même occasion les pales et les turbines du vaisseau en un froufroutement que ses habitants ont fini par accepter comme la mélodie du “chez-soi”. 

Pour éviter de trop grands appels d’air, les rues de Baraban sont plutôt étroites et les masures nombreuses et élancées. De grands et sinueux escaliers fourmillent à droite et à gauche, créant une multitude de chemins de traverse pour le plus grand plaisir des enfants les plus aventureux. 

Çà et là, de nombreuses petites places jaillissent de l’encoignure des habitations, petits coins de verdure à l’odeur d’humidité caractéristique. Le son du vent semble en effet toujours s’apaiser un peu à la vue de ces curieuses fontaines murales, fruits de l’épuration des eaux acharnée et ô combien essentielle des pompes de Baraban. 

Si la plupart des bâtisses de Baraban présentent souvent les mêmes teintes sableuses ou pierreuses, il n’est pas rare de les voir agrémentées de mosaïques colorées, et dans les recoins plus sombres, de vignes ou de mousse. De longs filins sont souvent tendus entre les bâtiments, pour y suspendre aussi bien du linge que de facétieux tissus bariolés flottant au vent. 


  • La Grand’Avenue


Véritable colonne vertébrale de Baraban, la Grande Allée s’étend sur toute la longueur de la ville, depuis la porte principale à la proue des murailles. Lieu d’animation par excellence pour ses habitants, on y trouve aussi bien des stands occupés par les agriculteurs venus proposer leurs récoltes que des étals plus improvisés par les marchands ambulants de passage dans la cité. Le rez-de chaussée de bien des maisons de cette allée ont été reconverti en magasins, auberges ou autres joyeuseries, si bien qu’il y règne une agitation permanente. 

Lorsque l’architecture alambiquée et encaissée de Baraban permet à cette allée de s’élargir, il n’est pas rare d’y trouver des terrasses où s’asseoir et dévorer un des mets proposés par ces nombreux vendeurs à la sauvette. C’est aussi là que les travailleurs des Gondolas installent leurs étals de poissons une fois tous les trois jours, pour le plus grand bonheur des habitants de la Cité du Vent. 

Le soir venu, l’Allée s’apaise doucement. La foule se tarit et bientôt sur les pavés ne restent que les traces de toute cette vie diurne. On peut alors entendre doucement le glougloutement de l’eau des petits canaux qui, disparaissant et réapparaissant par endroits, flanquent cette rue ; et plus loin, à travers les plinthes des portes d’auberge, les rires et les trinquées de ceux qui jusqu’alors occupaient cette Allée.


  • La “Mairiliothèque”


Arrivée aux trois quarts de Baraban, la Grande Allée se sépare en deux chemins, l’un continuant la valse des marchands et des étals, l’autre plus silencieux et discret, s’enfonçant dans le Nord-Est de Baraban. Au dénivelé quasiment inexistant, ce chemin voit alors les maisons s’élever de plus en plus haut, jusqu’à devenir de véritables falaises de pierres et de mousse. Le soleil faiblit puis s’éteint par-delà les toitures, et tombe alors aussi bien la pénombre que le silence. De petits lampadaires éclairent la voie d’une lumière étrangement blanche, et on marche ainsi pendant une bonne minute. Puis alors tout à coup, au détour d’un uniquement croisement, le soleil jaillit et révèle la plus grande place de Baraban. Rencognée et abîmée par ces falaises de maison, la Mairiliothèque se dresse en son plein centre.

Vieille, sombre et magistrale : la Mairiliothèque est à l’image d’Oban et son Hibou. Des herbes folles ont poussé entre les dalles de pierre, mais les papiers sur le bureau d’Oban sont soigneusement classés. Les échelles et les escaliers sont polis, les étagères quelques mètres plus loin grises de poussières. Rares sont encore ceux qui s’y aventurent, tant les guildes ont pris le pas sur l’administration de Baraban. 

La Mairiliothèque est devenue une sorte de monument, un lieu de savoir quasiment inépuisable, mais il n’y a plus guère qu’Oban et des enfants trop curieux pour continuer à marquer leurs pas dans la poussière.


  • Les traverses - (Les grands escaliers & les Placettes)


Étroites et sinueuses, de nombreuses traverses se faufilent entre les maisons et forment autant de galeries par lesquelles rejoindre n’importe quel point de la cité. Loin pour autant de paraître angoissantes ou mal famées (à l’exception peut-être de certaines menant à l’”En-Dessous”), elles sont le véritable moyen de déplacement des gens pressés de Baraban. 

De plus grandes rues transversales se connectent aussi à l’Allée du Marché, lieux de passages pour les chariots et les groupes officielles arrivés des Débarcadères. Moins commerciales, elles sont aussi la source des Grands Escaliers, qui comme leurs noms l’indiquent, permettent d’accéder rapidement et directement au sommet des murailles. 

Il y a quatre Grands Escaliers à ce jour, respectivement placés au Nord-Ouest, N-E, Sud-E et S-O de Baraban. 

D’autres escaliers, bien plus escarpés et étroits, se faufilent depuis les traverses jusqu’aux murailles, n’hésitant pas à s’enfoncer sur certaines portions dans la coque même de Baraban. Outre les habitants des quartiers, ce sont souvent les mécaniciens qui les empruntent. Ils permettent souvent d’accéder aux placettes, les sources d’eau courante de la ville mais aussi lieux de tranquillité et de repos pour bien des travailleurs. Il n’est pas rare de voir les bancs occupés le midi à l’heure du repas ou par quelques amoureux une fois le soir tombé. 



MAISON-VOLANTE 


Maison-Volante n’est pas une cité-nef. Il est fondamentalement même difficile d’appeler ça une ville, tant sa structure est particulière. Bien des marchands l’appellent le carrefour, ou encore croisée des chemins avant d’être une cité. 

Tirée par la Rose des Vents, et soutenue par quatre autres Gallions exclusivement conçus pour pouvoir permettre à Maison-Volante d’exister, c’est avant tout un gigantesque marché encerclé de quais pour permettre au monde entier d’accoster. Les maisons ne sont pas légion et abritent la plupart du temps les femmes proches d’accoucher, les enfants trop jeunes et les personnes trop vieilles pour reprendre leur envol, mais la majeure partie vivent à bord de leurs vaisseaux, car au-delà de tous les noms dont on les affuble : ces pirates de Voléens (habitants de Maison-Volante) sont des explorateurs. 

Principalement constituée de bois, Maison-Volante est une ville éphémère. Chacun de ses habitants sait pertinemment qu’un jour elle sera vouée à chuter. Née d’un accord entre plusieurs pirates qui voulaient avoir un chez eux où rentrer, il est permis à chacun de la quitter dès que bon lui semble. “Car la liberté prévaut devant toute conviction trop prise de tête.”

Maison-Volante est la maison de ceux qui ont décidé de se réunir un temps. Mais viendra le jour où les circonstances feront que chacun reprendra son propre voyage. La Rose des Vents reprendra alors son envol, quand le Bazar et les autres quartiers rejoindront quant à eux les eaux profondes.


  • Le Cait Sith - (Vaisseau de Dékael)


Le vaisseau de Dékaelion est une frégate de bois aux couleurs à mi-chemin entre l’acajou et le bordeaux. Bien plus élancé que les navires de guerre de Cité Sacrée, et pourtant bien plus frêle, c’est un navire d’apparat qui n’a jamais été conçu pour la guerre. De nombreuses breloques pendouillent un peu partout dans les coursives, et il n’est pas rare d’apercevoir quelque nouvelle “customisation” sur sa coque. Dékael aime beaucoup bidouiller son vaisseau, qui en cela est parfaitement à son image. 

Bien qu’entretenu avec soin, on entend dans ses grincements ses nombreuses années. 

Au contraire des autres capitaines présents au Concile, Dékael n’a jamais sabordé sa frégate pour un gallion, malgré le gain de taille et de puissance. Son “vieux coucou” comme il l’appelle, c’est son vaisseau, celui avec lequel il a traversé le monde et avec lequel il a bien l’intention de continuer. Et ce même s’il en a abandonné la barre depuis bien longtemps maintenant. 

Car après tout, si le Cait Sith navigue encore après toutes années, c’est que personne n’a encore réussi à l’abattre, n’est-ce pas ? 

Sur sa poupe est écrit en lettres d’or une mention : “In girum imus nocte et consumimur igni”. Autrement dit : “Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu”. 



CITÉ SACRÉE


Cité Sacrée n’est pas à proprement parler une cité-nef. Ou plutôt dirions-nous qu’elle est bien plus que cela. Là où la plupart des cités-nefs suivent le modèle de Baraban, celui du vaisseau gigantesque traînant derrière lui une ribambelle d'îlots ou optent pour la méthode sauvage et erratique de Maison-Volante, Cité Sacrée est probablement la seule à avoir choisi de se construire à même une île et de transformer celle-ci en vaisseau. 

Accolée ainsi à une île surmontée d’un gigantesque glacier, Cité Sacrée est probablement la plus belle ville qui ait jamais été construite. Epurée et soigneusement organisée en trois disques chacune étagée telle une composition florale, c’est une merveille de pierre blanche et de fontaines. Çà et là des cascades filettent en-dehors de la Cité ou des terres pour rejoindre la mer, créant une bruine sur son passage. 


La” Cité de l’Eau” n’est pas la plus rapide d’entre toutes, mais grâce à ce glacier qui lui fait office de bouclier, elle est peu sujette aux dangers des intempéries. Son mode de fonctionnement diffère ainsi fortement de Baraban ou d’autres, qui cherchent des îles à domestiquer et à traîner avec eux : Cité Sacrée a adopté un rythme plus lent, n’hésitant pas à s’arrêter quelques jours ou semaines auprès des îles flottantes qu’elle croise. Le temps de les purger jusqu’à la dernière goutte de leurs ressources. 




Visual Novel réalisé en parallèle de pilote d'animation pour la Jonetsu 2019 avec Cécile Zwiller à l'illustration et moi-même à l'écriture. Long d'une soixantaine de pages et préquelle de l'animation originelle, il raconte la jeunesse de Dékael, nobliau déchu reconverti en pirate.






Posts similaires

ALMA - L'Incarnat du Dieu-Fou (2020 - 20XX)

Projet de jeu-vidéo Tactical-RPG, à mi-chemin entre Final Fantasy Tactics & Pokémon. Dans un univers où les divinités vivent aux côtés des Hommes, parfois mignonnes petites créatures, parfois monstr

 
 
Nattmara - La Nuit de la Sorcière (2024 - 2026)

Court-métrage réalisé par les M2 de l'École de Condé Rennes promotion 2026, dont j'ai la responsabilité. Xème siècle, loin dans les terres vikings. Une petite fille, maudite par un sombre pouvoir qu

 
 
Gardiens des Cimes (2025 - 2027)

Ivi, gardienne d'un phare abandonné aux confins du monde, se retrouve un jour en possession d'un artefact censé pouvoir sauver comme détruire le monde. Seulement, Ivi ne connaît rien du monde. Élevée

 
 

TOMAS GALAN © 2025-2026

bottom of page